Le conglomérat japonais Mitsubishi Motors a déjà signé un protocole d’accord avec Highlanders, une jeune pousse issue de l’Université de Tokyo, pour produire jusqu’à 1 000 robots humanoïdes par mois dans son ancienne usine de moteurs thermiques de Kyoto, avec un démarrage de la production de masse envisagé dès 2027.
Un chiffre qui place d’emblée le constructeur nippon dans une logique de volume que la plupart de ses concurrents, d’Optimus chez Tesla à Atlas chez Boston Dynamics, peinent encore à atteindre.
Reconvertir une ligne d’assemblage de moteurs à combustion en chaîne de fabrication de robots bipèdes n’est pas qu’un symbole de transition industrielle, c’est un pari sur l’infrastructure existante. Mitsubishi, que le grand public associe volontiers à des berlines et des SUV, est aussi solidement ancré dans l’automatisation et les systèmes de contrôle industriel. Cette double compétence, automobile et robotique, lui confère un avantage logistique que les startups du secteur ne possèdent tout bonnement pas. Produire mille unités mensuelles suppose des lignes calibrées, des chaînes d’approvisionnement rodées, un savoir-faire de série… et c’est précisément ce que fournit une usine automobile reconvertie.
Le robot en question, baptisé « HL Human », embarque un corps à 19 degrés de liberté équipé d’actionneurs électriques haute puissance, conçu pour reproduire des mouvements proches de la gestuelle humaine. La perception par intelligence artificielle, la planification de trajectoire et l’interaction en langage naturel avec les opérateurs humains complètent l’architecture. Highlanders destine ces machines à la fabrication industrielle, à la logistique, au BTP et à l’intervention en zone sinistrée, autant de secteurs où la pénurie de main-d’œuvre frappe déjà durement le Japon.
Takao Kato, président du conseil d’administration et directeur général de Mitsubishi Motors, a formulé l’ambition en ces termes « Notre collaboration avec Highlanders représente un défi visant à bâtir un nouveau socle industriel où humains et robots travaillent ensemble. Elle offre en même temps à Mitsubishi Motors une occasion précieuse d’approfondir notre expertise technologique et commerciale dans le domaine de la robotique humanoïde. » L’idée, à peine voilée, consiste à déployer les premiers exemplaires dans les propres usines du groupe, y compris pour fabriquer d’autres Highlanders, dans une boucle de production autoréférentielle qui accélérerait mécaniquement la montée en cadence.
Mille unités par mois, cela représente 12 000 robots par an si le rythme se maintient. À titre de comparaison, Tesla n’a pour l’instant communiqué aucun calendrier de production de masse aussi agressif pour Optimus, et Unitree, le trublion chinois, mise davantage sur l’agilité tarifaire que sur le volume brut. Boston Dynamics, de son côté, reste focalisé sur des plateformes à haute valeur ajoutée en séries limitées. Mitsubishi pourrait donc, du moins sur le papier, inonder le marché industriel avant que ses rivaux n’aient stabilisé leurs propres lignes.
La question qui se pose désormais est celle de la demande réelle. Qui, parmi les industriels japonais et internationaux, absorbera ces milliers de bipèdes chaque mois ? Le Japon, confronté à un vieillissement démographique sans équivalent parmi les économies développées, offre un terrain d’adoption naturel. Les secteurs de la construction et de la logistique y manquent déjà cruellement de bras. Reste à savoir si le « HL Human » saura prouver, sur le terrain, une polyvalence suffisante pour justifier un déploiement à cette échelle.
Mitsubishi ne se contente pas d’entrer dans la course aux humanoïdes, le groupe impose d’entrée un tempo de production que personne n’avait encore osé annoncer publiquement.

