Netflix a officiellement validé un long-métrage documentaire consacré à Keiko, le cétacé mexicain devenu la star mondiale du film Sauvez Willy en 1993. Confier la réalisation au cinéaste Santiago Fábregas sous la houlette des sociétés Mezcla et The Lift Films s’inscrit dans une offensive audiovisuelle sur le continent latino-américain. Le mastodonte du streaming entend devancer la concurrence d’HBO Max et Sky UK, engagés conjointement sur un projet rival produit par Raw Television.
Capturée près de l’Islande en 1979 puis transférée dans un parc d’attractions de Mexico, l’orque mâle demeure la seule de son espèce à avoir été réintroduite dans le milieu naturel. Hollywood pensait offrir une romance écologique, mais l’aventure scientifique s’est rapidement transformée en une expérience complexe. Une intense campagne internationale (emmenée par la fondation du cinéaste Richard Donner) avait permis le transfert du mammifère vers un bassin d’acclimatation en Oregon avant son retour dans les eaux islandaises. Est-il possible d’enseigner la vie sauvage à un animal façonné par la captivité ? Keiko s’est éteint en Norvège le 12 décembre 2003 des suites d’une pneumonie… sans avoir pleinement réintégré le moindre groupe de congénères.
Netflix enrichit son catalogue de deux autres œuvres factuelles avant la Journée du cinéma mexicain du 15 août, en abordant la lutte des zapatistes du Sous-commandant Marcos ainsi que le féminicide de l’étudiante Liliana Rivera Garza en 1990. La plateforme américaine dédie une section entière aux productions locales pour asseoir son emprise culturelle. Bernardo Loyola, directeur des documentaires pour l’Amérique latine chez Netflix, affirme « Investir dans ces histoires au Mexique signifie faire pleinement confiance à la vision des cinéastes et leur donner le temps, l’espace et le soutien créatif pour raconter des histoires audacieuses et complexes. »
La bataille de contenus engagée autour de ce cétacé légendaire démontre la marchandisation incessante de nos nostalgies cinématographiques. L’épopée tragique de Keiko rappelle en tout cas les limites d’une industrie de l’imaginaire confrontée au monde réel.

