Trente ans après les premières modélisations théoriques formulées au début des années 1990, les radiotélescopes viennent d’intercepter un signal traqué depuis des décennies. Une équipe internationale coordonnée par l’astrophysicien Josep Martí de l’université de Jaén annonce la confirmation du tout premier microblazar de la Voie lactée dans une étude acceptée pour publication en septembre 2026 par la revue Astronomy & Astrophysics (avec un preprint diffusé au début du même mois). Au centre de cette traque d’ondes radio, le système binaire IRAS 18293-0941 se trouve à 12 000 années-lumière de la Terre, au sein du disque galactique. Le tandem réunit un trou noir stellaire d’environ 10 masses solaires et une étoile massive qui bouclent une orbite en 11,38 jours.
L’orientation géométrique de cette binaire éclaire la violence du flux reçu. Vue de face depuis nos instruments terrestres, l’orbite permet au trou noir d’arracher en continu des lambeaux de gaz à son étoile compagne pour les rassembler dans un disque d’accrétion surchauffé. Ce vortex de matière propulse deux faisceaux jumeaux de plasma relativiste à trois quarts de la vitesse de la lumière, dégageant une énergie équivalente à un demi-million de fois la luminosité du Soleil. L’un de ces faisceaux pointe vers notre planète. Cette orientation frontale déclenche un effet d’amplification Doppler relativiste focalisant le rayonnement droit sur nos capteurs, une géométrie habituellement observée sur des trous noirs supermassifs lointains. Alors que les astronomes pistent souvent la vélocité extrême au cœur de la Voie lactée (à l’image de l’étoile la plus rapide jamais observée filant près de Sagittarius A*), ce microblazar compact reproduit une physique semblable à l’échelle d’une binaire stellaire locale.
Catalogué dès 1983 par le satellite infrarouge IRAS, l’objet restait caché derrière d’immenses rideaux de poussière interstellaire qui masquaient sa dynamique. Des variations photométriques enregistrées dans le spectre optique ont d’abord révélé la présence d’un corps compact en orbite. La certitude est venue de l’interférométrie à très longue base grâce au réseau European VLBI Network (EVN), associant des dizaines d’antennes radio pour atteindre une résolution angulaire sub-milliseconde et lier les coordonnées du jet aux positions millimétriques fournies par le satellite Gaia. Benito Marcote, astrophysicien au Joint Institute for VLBI in Europe, résume l’aboutissement de ces mesures : « La résolution spatiale offerte par l’EVN couplée aux coordonnées de Gaia prouve que ce jet appartient sans équivoque à ce système d’étoiles. »
À l’opposé de notre ligne de visée, le second faisceau laboure le milieu interstellaire avec une force inouïe. Le réseau de radiotélescopes MeerKAT en Afrique du Sud a mesuré une gigantesque bulle de gaz ionisé s’étirant sur 100 années-lumière, excavée au fil des millénaires par ce contre-jet. La collision frontale avec un nuage moléculaire dense d’hydrogène transforme cette zone en accélérateur cosmique : les particules y atteignent le domaine du péta-électronvolt (PeV), soit un niveau cent fois supérieur aux limites du Grand collisionneur de hadrons (LHC). Cet impact produit un bombardement de photons gamma d’une énergie supérieure à 100 téra-électronvolts (TeV)… une intensité plus de dix fois supérieure au plafond du collisionneur du CERN. Les grands observatoires de hautes énergies terrestres et spatiaux, incluant LHAASO, HAWC, H.E.S.S. et Fermi (qui balaie le ciel en continu à l’instar des alertes autrefois confiées au chasseur de sursauts gamma Swift), enregistrent ce point de contact comme un phare gamma permanent.
En captant l’empreinte de ce laboratoire miniature à 12 000 années-lumière, les chercheurs obtiennent un analogue accessible pour analyser l’éjection de matière et son action sur la formation des étoiles environnantes. Les consortiums d’astrophysique préparent déjà de nouvelles campagnes interférométriques pour 2027 afin de scruter l’évolution temporelle de ces jets relativistes.

