La division Xbox subira des coupes d’ampleur dès le mois prochain, une fois clos l’exercice fiscal de Microsoft le 30 juin. Plusieurs personnes au fait des plans du groupe évoquent un scénario qui pourrait aller jusqu’à la fermeture d’un studio, ou à une refonte de l’écurie maison.
Asha Sharma, qui dirige désormais Xbox, avait préparé le terrain depuis des semaines en parlant publiquement de « choix difficiles » à venir. La rumeur d’un millier de postes supprimés circulait déjà, relayée notamment dans un épisode de Giant Bomb. Bloomberg, de son côté, décrit des coupes « majeures » assorties de budgets marketing sévèrement rabotés sur plusieurs pans de l’activité.
Quelques minutes avant cette révélation, Sharma et le directeur des contenus Matt Booty adressaient un mémo aux équipes pour annoncer un « Xbox reset » étalé sur 100 jours. Le document, recopié quasiment à l’identique sur le blog Xbox Wire, ne prononce jamais le mot licenciement, mais en dessine froidement les contours.
Les chiffres avancés dans ce texte donnent la mesure du malaise. Hors Activision Blizzard King, Xbox a englouti plus de 20 milliards de dollars en cinq ans dans ses contenus, sa plateforme et la subvention du matériel, pendant que son chiffre d’affaires annuel reculait de près d’un demi-milliard. « Going forward, this cannot continue », tranchent Sharma et Booty. La phrase résume à elle seule la bascule.
La rentabilité s’effondre à un niveau rarement assumé aussi ouvertement. Xbox bouclera son année autour d’une marge de 3 %, en repli sur un an. Pour chaque tranche de 100 dollars encaissés, la firme n’en garde que trois, comme l’a relevé le journaliste Jason Schreier. Une équation intenable quand la maison mère réoriente ses capitaux vers l’intelligence artificielle.
Le coût des composants ajoute une couche d’inquiétude. La direction parle d’une « hardware component crisis », anticipant pour la période des fêtes 2027 des tarifs « over 5x » supérieurs à ceux pratiqués deux ans plus tôt, la mémoire suivant peu ou prou la même pente. D’où l’aveu que Xbox a besoin d’« un nouveau modèle économique et de partenariats » sur le matériel, tout en restant arrimé au projet Helix.
Ces partenariats laissent entrevoir une mutation profonde de la marque. Sharma et le stratège Matthew Ball ont multiplié cette semaine les allusions à des modèles de console « radically different ». La piste d’appareils estampillés Xbox, fabriqués par des constructeurs PC tiers autour des nouvelles puces AMD, prend forme. L’infrastructure actuelle, jugée trop complexe et trop dépendante de prestataires extérieurs, « is not built for the battle ahead ».
Le mémo confesse aussi une faute stratégique rarement reconnue par un éditeur de cette taille. Xbox admet avoir gonflé son réseau de studios pour alimenter ses ambitions sur l’abonnement, le streaming et les appareils, avant de se retrouver « overextended ». Des franchises au potentiel énorme auraient été sous-financées, faute d’arbitrages. La question des priorités d’investissement pour les cinq prochaines années est désormais rouverte.
Cette purge s’inscrit dans une série noire ouverte avec le rachat d’Activision Blizzard pour 68,7 milliards de dollars, bouclé en octobre 2023. Janvier 2024 a emporté environ 1 900 postes, septembre 2024 quelque 650 autres. Au printemps 2024, Arkane Austin et Tango Gameworks fermaient leurs portes, ce dernier ressuscité par Krafton dans un retournement rarissime. Puis juillet 2025 a frappé le plus fort avec près de 9 000 suppressions à l’échelle du groupe, touchant King, ZeniMax et Turn 10, où Windows Central évoquait des coupes de l’ordre de 50 %, tandis que tombaient le reboot de Perfect Dark, Everwild de Rare et The Initiative.
Le Game Pass, longtemps présenté comme l’arme absolue, vacille lui aussi. Microsoft n’a plus communiqué de chiffre d’abonnés depuis les 34 millions revendiqués en février 2024. La hausse d’environ 50 % du palier Ultimate en octobre 2025 a provoqué une fuite chiffrée en « millions » d’abonnés, contraignant la firme à reculer en repassant l’offre de 29,99 à 22,99 dollars en avril 2026. Un demi-tour tarifaire inhabituel pour une entreprise qui n’en pratique presque jamais.
Reste un paradoxe que la vitrine de l’été a mis en lumière. Quelques jours avant le mémo, le Summer Xbox Games Showcase 2026 annonçait Gears of War: E-Day et Clockwork Revolution en exclusivités console Xbox, pendant que Fable filait aussi vers la PlayStation 5. La marque rétropédale sur le slogan « This is an Xbox » et redécouvre la vertu d’un catalogue exclusif… au moment précis où elle taille dans les effectifs censés le produire.
Sharma et Booty assument la dureté du message. « We won’t succeed by hiding hard truths, nor will we succeed by doing the same thing and expecting results », écrivent-ils, promettant de « sprinter » sur le matériel, le contenu et les services. Cent jours pour réinventer un empire bâti à coups de milliards. Le compte à rebours, lui, a déjà commencé.

