Le lancement de Sora 2 a déclenché un déluge de vidéos illégitimes, d’images volées et de faux visages. Pas de tri, pas de garde-fous réels, juste une IA qui avale sans scrupule des œuvres protégées pour en recracher des copies douteuses.
Présentée comme une app « révolutionnaire » mêlant médias sociaux et intelligence artificielle, Sora 2 permet à n’importe qui de générer des vidéos ultra‑réalistes à partir de simples textes. En pratique, elle a surtout ouvert la voie à un chaos juridique. Les utilisateurs y font apparaître Mario, Pikachu, Lara Croft ou encore Ronald McDonald dans des scènes absurdes (et parfois franchement dérangeantes). Ces créations se répandent sur le web alors que Nintendo, Disney et Warner Bros. observent, impuissants, leurs personnages détournés sans autorisation.
Le problème vient d’une politique incompréhensible : les détenteurs de droits doivent eux‑mêmes « se désinscrire » pour éviter que leurs œuvres soient utilisées. Une logique inversée qui a fait bondir les juristes. Mark McKenna, professeur à l’UCLA, a rappelé que « le droit d’auteur ne fonctionne pas comme ça », pointant une stratégie « move fast and break things » typique de la Silicon Valley.
Les studios n’ont pas tardé à s’indigner. Disney aurait déjà demandé que ses contenus soient retirés. D’autres, comme The Pokémon Company, pourraient suivre, car la plateforme déborde de ce que certains appellent déjà de « l’AI slop » ‑ des vidéos boueuses qui noient les créations humaines sous une avalanche de copies numériques.
Sora 2 permet aussi de générer des deepfakes de personnes réelles. Un clip montrant Sam Altman, le PDG d’OpenAI, volant des composants informatiques a circulé dès le lancement. D’autres détournent des célébrités dans des contextes humiliants… preuve que les prétendues « mesures de sécurité » de l’entreprise ne tiennent pas la route. Les filigranes invisibles censés signaler un contenu généré par IA peuvent être effacés en un clic, ce qui explique que la désinformation prospère.
Même les artistes ressentent la menace. Des animateurs professionnels parlent déjà d’un futur où leur métier serait balayé par des algorithmes nourris de leurs propres œuvres. L’un d’eux avoue « avoir envie de tout laisser tomber » face à la vitesse de progression de l’IA. Une résignation qui traduit bien le malaise d’un secteur vidé de son humanité.
Pendant ce temps, OpenAI se félicite du succès de son application, devenue en vingt‑quatre heures la plus téléchargée sur l’App Store dans la catégorie Photo et Vidéo. Une réussite toxique, obtenue au prix du pillage culturel et d’une démocratie de l’image en train de se dissoudre.
Sora 2 se voulait un outil créatif. Il ressemble de plus en plus à un moteur d’érosion du droit d’auteur, un générateur de faux et de confusion. Et tant que la firme continuera d’imposer aux ayants droit de courir derrière leurs propres personnages, le désordre ne fera que s’aggraver…

