Le tribunal régional de Munich a jugé vendredi 12 juin qu’Alphabet, maison mère de Google, pouvait être tenu directement responsable des fausses informations générées par ses « AI Overviews », ces résumés automatiques qui trônent désormais au sommet des pages de résultats et que personne n’a jamais demandés. Deux éditeurs munichois, faussement associés par l’intelligence artificielle à des arnaques aux abonnements et à des pratiques commerciales douteuses, avaient saisi la justice. Le géant californien devra cesser de diffuser ces allégations fabriquées et supporter 80 % des frais de procédure.
Google avait tenté de se retrancher derrière une jurisprudence de la Cour fédérale de justice allemande qui protège les moteurs de recherche lorsqu’ils se contentent d’afficher des contenus tiers. L’argument était presque touchant de mauvaise foi. Les juges l’ont sèchement rejeté en estimant que les AI Overviews ne se limitent pas à indexer ou à rediriger vers des pages web existantes. L’outil résume, reformule, évalue, structure. Il fabrique, en somme, un énoncé autonome qui n’appartient à personne d’autre qu’à son créateur. Le tribunal a qualifié ces résumés de « déclarations indépendantes au contenu autonomement compréhensible », sans qu’aucun avertissement ne signale au lecteur leur éventuelle fausseté.
L’ironie mérite qu’on s’y attarde. Google, qui a bâti son empire sur l’organisation de l’information mondiale, se retrouve rattrapé par un produit qui invente des connexions entre des éditeurs respectables et des escrocs, puis les présente avec l’aplomb d’une encyclopédie. Et quand on lui demande des comptes, la défense consiste à rappeler que les utilisateurs « savent bien que les contenus générés par l’IA ne doivent pas être pris pour argent comptant ». Les magistrats bavarois n’ont visiblement pas trouvé l’argument recevable.
Un porte-parole de l’entreprise a déclaré par courriel « Nous investissons massivement dans la qualité des AI Overviews pour garantir que l’immense majorité des réponses fournissent des informations exactes ». L’immense majorité. Voilà une formulation qui laisse une marge confortable pour les deux éditeurs dont la réputation a été piétinée par un algorithme trop sûr de lui. Google a par ailleurs confirmé qu’il ferait appel, estimant que l’affaire porte sur « des erreurs spécifiques et étroites » et non sur le fonctionnement fondamental de la fonctionnalité.
Cette décision pourrait bien résonner au-delà des frontières bavaroises, dans un contexte où les régulateurs européens de la concurrence scrutent déjà l’intégration de l’IA dans les moteurs de recherche. Les éditeurs de presse, dont le trafic s’est progressivement érodé depuis que Google aspire et recrache leurs contenus sous forme de synthèses, y verront sans doute un précédent exploitable. La question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle commet des erreurs… mais qui paie l’addition quand elle diffame.
Le jugement n’est pas encore définitif, et la bataille juridique promet de remonter les échelons judiciaires allemands. Reste que pour la première fois, un tribunal a regardé une IA droit dans les yeux et a décidé que celui qui la déploie en assume les mensonges.

