Plus de vingt objets volants non identifiés, certains larges de 36 kilomètres, auraient été filmés à proximité de la surface lunaire par des astronomes ukrainiens, et l’un d’entre eux ferait la taille de Manhattan. Boris Zhilyaev et ses collègues de l’Observatoire astronomique principal d’Ukraine ont déposé début août 2026 un preprint décrivant des « structures toroïdales et discoïdes » captées par une caméra à 20 images par seconde depuis le site rural de Vinarivka, lors de deux sessions d’observation remontant au 16 août et au 7 septembre 2025. Les objets, selon le document, fileraient à 11 km/s (soit 39 600 km/h), clignoteraient par motifs réguliers de 0,1 à 0,5 seconde, et pourraient atteindre la Terre en une vingtaine de minutes. La Lune, concluent les auteurs avec un aplomb qui ferait rougir un romancier de science-fiction, « servirait de base aux OVNIs ».
L’hypothèse a évidemment embrasé les réseaux sociaux et les forums ufologiques, où chaque pixel flou devient une preuve d’intelligence extraterrestre. Sauf que ce preprint n’a pas été évalué par les pairs, que les données proviennent d’un unique télescope terrestre, et que les estimations de taille reposent sur des paramètres de réflectivité que l’équipe elle-même admet ne pas pouvoir vérifier. Les fameux « vaisseaux » ne sont en réalité que de minuscules taches de quelques pixels sur les images brutes. Quant aux anneaux de 22 à 36 km de diamètre, tournant supposément toutes les trois minutes avec une accélération centrifuge dépassant deux fois la gravité terrestre… l’imagination dépasse ici allègrement ce que les données autorisent.
Avi Loeb, professeur d’astrophysique à Harvard, président du conseil scientifique UAP de la Maison-Blanche et directeur du Galileo Project, a publiquement torpillé l’étude le 6 août lors d’une interview sur NewsNation. « Je ne pense pas qu’il y ait une base sur la Lune », a-t-il déclaré à Jesse Weber avant d’enfoncer le clou méthodologique. « Un petit télescope sur Terre, beaucoup d’objets terrestres et de perturbations atmosphériques peuvent passer devant la Lune. Il faut mesurer la distance pour savoir qu’on a affaire à un objet près de la Lune et non près de la Terre », a-t-il expliqué, rappelant que seule la triangulation par plusieurs télescopes simultanés permet de distinguer un engin lunaire d’un satellite en orbite basse ou d’un artefact optique. Son verdict est tombé sans ambiguïté sur son blog Medium : « Sans connaître les distances, ce papier ne tient pas la route. »
Le problème de la parallaxe, soulevé par Loeb, n’est pas un détail technique réservé aux spécialistes ; c’est le socle même de toute observation astronomique sérieuse. Sans au moins deux points d’observation distincts, il est strictement impossible de déterminer si un objet se trouve à 384 000 km (distance Terre-Lune) ou à quelques dizaines de kilomètres d’altitude. L’équipe de Zhilyaev n’a disposé que d’une seule station, et aucune réplication indépendante n’est venue corroborer ses résultats. Loeb a d’ailleurs rappelé que le Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA cartographie la surface lunaire depuis des années, et que les astronautes de la mission Artemis II avaient pris, quatre mois plus tôt, des milliers de clichés de la Lune, y compris sa face cachée, sans jamais repérer la moindre trace de base extraterrestre.
Ce n’est pas la première fois que ce groupe ukrainien fait trembler les compteurs de clics avant de voir ses travaux démontés. En août 2022, Zhilyaev et ses collaborateurs avaient publié un article intitulé « Unidentified Aerial Phenomena I: Observations of Events », prétendant avoir détecté des phénomènes aériens non identifiés au-dessus de Kyiv. L’Académie nationale des sciences d’Ukraine avait alors conclu que ces travaux contenaient des « erreurs importantes » et ne « répondaient pas aux normes professionnelles de publication scientifique ». Loeb avait à l’époque démontré que les calculs de distance étaient erronés d’un facteur dix environ, transformant de prétendus vaisseaux géants en objets bien plus banals, probablement des obus d’artillerie traversant le ciel ukrainien en pleine guerre. Le preprint lunaire de 2026 hérite très exactement des mêmes faiblesses structurelles.
La NASA et les bureaux UAP du gouvernement américain maintiennent qu’aucune preuve confirmée de technologie extraterrestre n’a été établie à ce jour. Loeb lui-même, que personne ne peut soupçonner de fermeture d’esprit (il a consacré sa carrière récente à la recherche de signatures technologiques non humaines via le Galileo Project), a précisé lors de son passage télévisé qu’il n’en savait « pas plus que nous » sur d’éventuelles visites extraterrestres. Son équipe a en revanche résolu récemment un cas UAP que l’AARO, le bureau du Pentagone dédié aux phénomènes aériens non identifiés, avait déclaré « non résolu », pour ne pas dire embarrassant. La conclusion, après analyse rigoureuse par Loeb et son postdoctorant Devesh Nandal, s’est révélée bien terrestre : un missile hypersonique dont la taille et la vitesse correspondaient parfaitement aux données.
Faut-il pour autant balayer d’un revers de main toute observation inhabituelle près de la Lune ? La question mérite d’être posée, à condition d’y répondre avec des instruments à la hauteur de l’affirmation. Des télescopes multiples, de la triangulation, des données ouvertes et reproductibles, une évaluation par les pairs. Tout ce que ce preprint ukrainien ne fournit pas. Les 36 kilomètres de diamètre annoncés fondent comme neige au soleil dès qu’on exige une mesure de distance digne de ce nom, et l’enthousiasme viral qui entoure cette étude rappelle une vérité vieille comme l’astronomie : plus l’affirmation est extraordinaire, plus la preuve doit l’être aussi.

