Le Pentagone s’apprête à publier aujourd’hui à 14 heures une première salve de documents relatifs aux phénomènes aériens non identifiés (UAP), conformément à l’ordre donné par Donald Trump au secrétaire à la Défense Pete Hegseth. L’instruction présidentielle, diffusée sur les réseaux sociaux, demandait aux responsables d’agences fédérales d’entamer le processus d’identification et de publication de tout fichier gouvernemental lié « aux extraterrestres, aux phénomènes aériens non identifiés et aux objets volants non identifiés ».
Plus de 750 nouvelles observations de UAP ont été répertoriées entre mai 2023 et juin 2024 selon un rapport gouvernemental, et cette accumulation de données encore inexpliquées alimente depuis des mois une pression populaire devenue difficilement tenable pour l’administration. Barack Obama avait lui-même jeté de l’huile sur le feu en déclarant à un podcasteur « ils sont réels, mais je ne les ai pas vus », avant de préciser qu’il parlait de probabilités statistiques dans un univers aussi vaste.
Sean Kirkpatrick, premier directeur du Bureau de résolution des anomalies tous domaines (AARO) au sein du département de la Défense, a déjà tempéré les attentes. « Rien ne m’aurait rendu plus heureux dans ce poste que de découvrir une technologie extraterrestre et de la dévoiler », a-t-il confié à CBS News, avant d’ajouter « je ne m’attends pas à voir quoi que ce soit de nouveau ». Ses investigations, menées de juillet 2022 à décembre 2023, ont surtout mis au jour des bizutages dans l’Air Force et des opérations de camouflage destinées à protéger des programmes de défense secrets.
Neil deGrasse Tyson, directeur du planétarium Hayden à New York, résume la chose avec son économie habituelle. « Des milliards de photos et un million d’heures de vidéo sont mises en ligne chaque jour sur internet, et aucune ne contient d’images d’extraterrestres réels. » Le postulat implicite voudrait que le gouvernement ait accès à des visiteurs d’un autre monde que personne, armé d’un smartphone, n’aurait jamais filmé. Et qu’il ait gardé ce secret parmi des centaines, voire des milliers de personnes…
Avi Loeb, physicien théoricien à Harvard et responsable du Projet Galileo dédié à la recherche d’artefacts de civilisations extraterrestres, adopte une posture bien différente. Il a rencontré des membres du Congrès la semaine dernière et leur a demandé de solliciter des scientifiques pour analyser les fichiers. « Il pourrait bien y avoir quelques incidents sur des centaines qui seraient véritablement anormaux, et c’est ce que je cherche », a-t-il déclaré. Sa grille de lecture tient en une question fondamentale, celle de savoir si les objets observés opèrent au-delà des capacités humaines connues.
Shelley Wright, astrophysicienne expérimentale à l’Université de Californie San Diego et membre de l’équipe indépendante de la NASA, anticipe pour sa part des documents lourdement caviardés. La sensibilité des équipements de surveillance militaire ayant capté nombre de ces phénomènes rend toute transparence totale peu probable à court terme. Elle suggère néanmoins que des données issues de capteurs anciens, désormais obsolètes d’un point de vue stratégique, pourraient être déclassifiées sans risque et étudiées avec des technologies contemporaines dont les enquêteurs de l’époque ne disposaient tout bonnement pas.
L’Argentine a d’ailleurs montré récemment la voie en déclassifiant les archives d’un incident survenu en 1991 à la base General San Martín en Antarctique. Un riomètre, appareil mesurant les variations de la haute atmosphère, y avait enregistré pendant quatre heures et demie un phénomène jugé scientifiquement impossible, les trois aiguilles traçant des courbes parfaitement synchronisées. Un opérateur radio avait ensuite observé « un immense cercle de lumière, très faible à cause de la couverture nuageuse, passant au-dessus de la base, se déplaçant très lentement et silencieusement vers la mer », selon le témoignage recueilli par le groupe de recherche CEFORA. Les archives originales existent encore, conservés à l’Institut antarctique argentin.
Janna Levin, professeure de physique et d’astronomie à Barnard College, rappelle que les astronomes ne cherchent pas vraiment les petits hommes verts de la science-fiction du XXe siècle. « Si des affirmations concernant des technologies d’autres civilisations apparaissent, je ne pense pas que quiconque s’y attende scientifiquement. Si vous espérez cela, vous allez être déçu. » Ce que les chercheurs espèrent, du moins certains d’entre eux, ce sont des indices de vie microbienne, ces particules élémentaires qui ont jadis déclenché la vie sur Terre.
À 14 heures, le monde saura si ces fichiers contiennent des données exploitables ou un catalogue de rédactions à l’encre noire, et qui sait, peut-être la trace d’un phénomène qu’aucune physique terrestre ne suffit à ranger dans une case.

