Trente plaintes supplémentaires ont été déposées mercredi devant la cour fédérale de San Francisco contre OpenAI et son PDG Sam Altman, portées par des élèves, des enseignants et un principal d’école présents le jour où Jesse Van Rootselaar, 18 ans, a ouvert le feu dans leur établissement de Tumbler Ridge en février 2026. Cinq enfants. Un enseignant. Sa propre mère et son demi-frère de 11 ans. Puis elle-même. Environ 24 blessés, dont une fillette de 12 ans grièvement touchée.
Le reportage de CBC sur les trente nouvelles plaintes retrace cette étape judiciaire.
Ces nouvelles poursuites s’ajoutent aux sept déjà engagées en avril par les familles des victimes tuées, et accusent la firme de San Francisco d’avoir fourni à la tireuse une « assistance et un encouragement substantiels » via ChatGPT, alors même que ses systèmes automatisés avaient déjà identifié la menace. Les plaignants affirment que l’équipe Intelligence et Investigations d’OpenAI avait recommandé en juin 2025, soit huit mois avant la tuerie, de contacter la Gendarmerie royale du Canada après avoir détecté des conversations liées à la planification d’un acte de violence armée. Le compte fut désactivé. et rien d’autre.
Chris Lehane, directeur des affaires mondiales chez OpenAI, aurait alors annulé cette recommandation par crainte des conséquences sur la réputation de l’entreprise et sa situation financière, selon les documents versés au dossier. Douze employés de l’équipe de sécurité auraient exhorté la direction à prévenir la police canadienne avant que Van Rootselaar ne passe à l’acte. OpenAI redoutait, d’après les plaintes, qu’une telle alerte crée un précédent l’obligeant à notifier les autorités à chaque signalement. L’image d’abord, les vies ensuite…
Van Rootselaar a pu créer un second compte après la désactivation du premier et les poursuites soulignent que cette simple désactivation, sans interdiction au niveau du système, a de fait maintenu l’accès à l’outil. Jason Kwon, directeur stratégie d’OpenAI, a contesté publiquement les allégations et rappelé que l’entreprise avait depuis renforcé ses protocoles. OpenAI affirme que lorsqu’une conversation signale un risque imminent et crédible de préjudice grave à autrui, elle prévient les autorités. Sam Altman avait lui-même présenté ses excuses à la communauté de Tumbler Ridge pour ne pas avoir alerté les forces de l’ordre lors du premier signalement.
OpenAI a demandé le même jour au tribunal de rejeter les sept premières poursuites, arguant qu’elles devraient être entendues en Colombie-Britannique et non en Californie. Une manœuvre procédurale qui repousse encore le moment où un juge se prononcera sur le fond, c’est-à-dire la question que personne dans la Silicon Valley ne veut trancher. L’entreprise qui propose le modèle de langage peut-elle être tenue pour complice d’un meurtre de masse ?
Aucun cadre juridique n’oblige aujourd’hui un fournisseur de LLM à signaler aux forces de l’ordre les contenus violents détectés sur sa plateforme, contrairement aux obligations qui pèsent depuis des années sur les réseaux sociaux en matière de contenus pédocriminels. Les 37 plaintes cumulées dessinent pourtant, à défaut de loi, une doctrine par le contentieux. L’enjeu dépasse largement OpenAI et concerne l’ensemble des entreprises déployant des agents conversationnels à grande échelle, notamment Google, Anthropic et Meta. Ce qui se joue à San Francisco fixera le seuil de responsabilité pour toute l’industrie.
Six enfants et deux adultes sont morts parce qu’un algorithme a vu venir la violence et qu’un bureau de communication a tourné le regard. Les familles attendent maintenant qu’un tribunal pose la juste sentence sur ce silence.

