Josep Martí Ribas de l’université de Jaén annonce la confirmation du tout premier microblazar de la Voie lactée dans une étude acceptée pour publication en septembre 2026 par la revue Astronomy & Astrophysics (preprint arXiv 2609.00990 diffusé le 1er septembre 2026 sous le titre A Galactic microblazar as a potential accelerator of ultra-high-energy particles). Au cœur de la traque, le système binaire IRAS 18293-0941 (catalogué dès 1983 par le satellite infrarouge IRAS et longtemps masqué derrière d’épais rideaux de poussière interstellaire) est à 12 000 années-lumière de la Terre (environ 3,7 kiloparsecs) dans le disque galactique. Le tandem réunit un trou noir stellaire d’environ 10 masses solaires et une étoile supergéante chaude qui bouclent une orbite en 11,38 jours, une modulation révélée par des variations photométriques dans le spectre optique puis confirmée par des spectres CAFOS à l’observatoire de Calar Alto.
Un jet braqué droit sur nos capteurs
Qu’est-ce qui transforme un microquasar en microblazar ?
Le plan orbital présente une faible inclinaison par rapport à la Terre et oriente le jet droit dans notre axe de visée. En son cœur, le trou noir arrache en continu des lambeaux de gaz à son étoile compagne pour les rassembler dans un disque d’accrétion surchauffé. Ce vortex propulse deux faisceaux jumeaux de plasma relativiste à trois quarts de la vitesse de la lumière (environ 0,75 c) et dégage une puissance cinétique équivalente à un demi-million de fois la luminosité du Soleil. L’un de ces faisceaux pointe vers notre planète. Cette orientation frontale déclenche un effet d’amplification Doppler relativiste (le Doppler boosting) qui focalise le rayonnement droit sur nos capteurs et décuple sa brillance perçue. C’est exactement la géométrie habituellement observée sur des trous noirs supermassifs lointains, les blazars extragalactiques, reproduite ici à l’échelle d’une binaire stellaire locale.
Le concept même de micro-quasar et de microblazar doit beaucoup aux travaux pionniers de Félix Mirabel (CEA Saclay) et Luis Rodríguez au début des années 1990. Alors que les astronomes pistent souvent la vélocité extrême au cœur de la Voie lactée, à l’image de l’étoile la plus rapide jamais observée filant près de Sagittarius A*, ce système compact offre un modèle réduit accessible pour étudier l’éjection relativiste sans quitter notre Galaxie.
La preuve par l’astrométrie extrême
Catalogué dès 1983, l’objet restait longtemps indéchiffrable. Des variations photométriques enregistrées dans le spectre optique ont d’abord trahi la présence d’un corps compact en orbite. La certitude est venue de l’interférométrie à très longue base.
Le réseau European VLBI Network (EVN), qui fédère des dizaines d’antennes radio européennes auxquelles participent des équipes françaises via le consortium JIVE (Joint Institute for VLBI ERIC), a atteint une résolution inférieure à la milliseconde d’arc et ancré les coordonnées du jet aux coordonnées astrométriques à la milliseconde d’arc fournies par le satellite Gaia. L’alignement est ajusté au millième d’arc sur le ciel, sans ambiguïté sur l’appartenance du jet au système binaire. Benito Marcote, astrophysicien au Joint Institute for VLBI ERIC, résume l’aboutissement de ces mesures : « La résolution spatiale offerte par l’EVN couplée aux coordonnées de Gaia prouve que ce jet appartient sans équivoque à ce système d’étoiles. » Le signal radio n’est plus une coïncidence de projection et colle au pixel astrométrique.
Une bulle de 100 années-lumière et l’empreinte d’un PeVatron
À l’opposé de la Terre, le second faisceau laboure le milieu interstellaire avec une force inouïe. Le réseau sud-africain MeerKAT a cartographié une gigantesque bulle de gaz ionisé s’étirant sur 100 années-lumière, excavée au fil des millénaires par ce contre-jet propulsé vers l’arrière-plan. La collision frontale avec un nuage moléculaire dense d’hydrogène transforme cette zone en accélérateur cosmique. Les particules y atteignent le domaine du péta-électronvolt (PeV), soit un niveau cent fois supérieur aux limites du Grand collisionneur de hadrons (LHC).
Cet impact produit un bombardement de photons gamma d’une énergie supérieure à 100 téra-électronvolts (TeV)… une intensité plus de dix fois supérieure au plafond du collisionneur du CERN. Les grands observatoires de hautes énergies terrestres et spatiaux, incluant LHAASO, HAWC, H.E.S.S. et Fermi (qui balaie le ciel en continu à l’instar des alertes autrefois confiées au chasseur de sursauts gamma Swift), enregistrent ce point de contact comme un phare gamma permanent. La coïncidence spatiale avec la source ultra-énergétique LHAASO J1831-1007u* est frappante et le modèle théorique solide, pourtant l’association reste une corrélation forte et non une preuve absolue. Les données actuelles soutiennent le scénario PeVatron sans le verrouiller définitivement.
En captant l’empreinte de ce laboratoire astrophysique local à 12 000 années-lumière, les chercheurs tiennent un analogue de choix pour analyser l’éjection de matière et son action sur la formation des étoiles environnantes. Les consortiums préparent déjà de nouvelles campagnes interférométriques pour 2027 afin de scruter l’évolution temporelle de ces jets relativistes et d’affiner la barre d’erreur sur leur puissance et leur oscillation.

