Les fils de l’anarchie n’étaient donc pas tout à fait morts. FX vient de commander « Legends », une série limitée qui réunit Charlie Hunnam, Ron Perlman, Katey Sagal, Maggie Siff, Mark Boone Junior, Tommy Flanagan, Kim Coates et Theo Rossi, soit le noyau dur du casting qui a fait vibrer sept saisons d’un des drames les plus incandescents de la télévision américaine entre 2008 et 2014. Sauf que cette fois, personne ne jouera Jax Teller, Clay Morrow ou Gemma… chacun incarnera une version fictionnalisée de lui-même.
Le pitch tient du coup de génie narratif, et Hunnam le porte depuis au moins trois ans dans les couloirs de FX. Imaginez la troupe de « Sons of Anarchy » réunie lors d’une convention de fans, plus d’une décennie après le dernier épisode, quand la frontière entre fiction et réalité se dissout face à une menace bien tangible, plus féroce que tout ce que leurs personnages ont jamais affronté à l’écran. Un croisement entre « Galaxy Quest » et le polar de motards, une idée si délicieusement tordue qu’elle contourne avec élégance l’obstacle qui rendait tout retour classique impossible (la plupart des personnages principaux ayant été tués au fil des saisons, Jax Teller compris dans le finale).
Nick Grad, président de FX Entertainment, a salué la vision de Hunnam avec un enthousiasme non dissimulé. « Les talents de Charlie sont pleinement déployés en tant qu’auteur, interprète et producteur exécutif, menant cette confrérie réelle dans une aventure qui est à la fois une lettre d’amour à la série et un twist méta amusant sur ce que les fans croient savoir », a-t-il déclaré. Le mot « lettre d’amour » est bien choisi, car le projet transpire la tendresse d’un homme qui doit tout, ou presque, à SAMCRO.
Jonathan Groff (le scénariste et showrunner, à ne pas confondre avec l’acteur homonyme, connu notamment pour son travail sur « black-ish » et « Happy Endings ») a rejoint plus récemment le développement et pilotera l’écriture au quotidien. Rob Mac, Nicholas Frenkel et Jackie Cohn complètent le pool de producteurs exécutifs, tandis que FX Productions et 20th Television assureront la fabrication. La diffusion est prévue sur FX et Hulu, avec des annonces de casting supplémentaires attendues dans les semaines à venir. Qui sait si Taylor Sheridan, dont les années d’acteur sur « Sons » lui ont laissé, de son propre aveu, quelques cicatrices, finira par enfourcher la moto une dernière fois ?
Kurt Sutter, le créateur de la série originale qui avait jadis envisagé un prequel (« First Nine ») et une suite centrée sur les fils de Jax, Abel et Thomas, n’est pas impliqué dans « Legends ». Il a toutefois expressément donné sa bénédiction à Hunnam pour avancer, un geste qui en dit long sur les liens forgés pendant 92 épisodes de chaos, de trahisons et de fraternité à la californienne.
Hunnam arrive d’ailleurs auréolé d’une dynamique artistique redoutable. Sa performance dans « Monster: The Ed Gein Story » sur Netflix lui a valu sa première nomination aux Emmy dans la catégorie meilleur acteur principal pour une série limitée, et il tourne actuellement l’adaptation BBC du roman de John le Carré « Legacy of Spies ». L’homme qui fut Jax Teller a, en tout cas, prouvé qu’il pouvait exister bien au-delà du cuir et du Harley. Le reste du casting n’est pas en reste, chacun ayant solidement bâti sa carrière post-SAMCRO entre cinéma et télévision.
« Sons of Anarchy » reste un monument de la grille FX, la série qui a détrôné « The Shield », « Nip/Tuck » et « Rescue Me » en termes d’audiences, et qui a engendré le spin-off « Mayans M.C. » (cinq saisons, 2018-2023). Le fait que les acteurs se retrouvent déjà régulièrement dans des conventions depuis une douzaine d’années, entretenant des amitiés forgées sur le plateau, donne à « Legends » une authenticité que le concept méta ne fera qu’amplifier.
Reste la question qui brûle les lèvres de tout fan ayant pleuré devant le finale de 2014 : jusqu’où la série osera-t-elle pousser le miroir entre ces acteurs et les fantômes de leurs personnages, quand la violence cessera d’être un souvenir de tournage pour devenir leur quotidien fictif ?

