James Park et Eric Friedman, cofondateurs de Fitbit, ont dévoilé le 25 août 2026 un bracelet de santé sans écran baptisé Luffu, du vieil anglais lufu qui signifie « amour ». Le dispositif se porte au poignet comme une gourmette et capte en continu la fréquence cardiaque, l’oxygénation sanguine, la température cutanée et la qualité du sommeil. Il ne s’adresse pas à celui qui le porte mais plutôt à sa famille.
Luffu vise les millions de personnes qui accompagnent un parent âgé à distance, un segment que Whoop et Oura ont toujours ignoré au profit des sportifs et des biohackers trentenaires. Aux États-Unis, 63 millions d’adultes s’occupent aujourd’hui d’un proche dépendant, soit près d’une personne sur quatre. Un chiffre qui a progressé de 45 % en dix ans. Le bracelet transmet ses relevés à la plateforme IA de Luffu, qui apprend les routines individuelles du porteur, repère les dérives et alerte les proches quand un schéma dévie. Aucune notification ne s’affiche au poignet. L’objet est là pour se faire oublier.
La startup existait depuis février 2026 sous la forme d’une application sur liste d’attente. Le bracelet concrétise la promesse de hardware glissée dès cette première apparition. Park avait alors raconté sa propre expérience. « Je m’occupais de mes parents depuis l’autre bout du pays, en essayant de reconstituer le suivi médical de ma mère à travers différents portails et prestataires, avec une barrière linguistique qui rendait difficile d’obtenir un contexte complet sur ses consultations. Elle ne voulait pas se sentir surveillée. Luffu est le produit que nous aurions voulu avoir. »
Le bracelet n’a pas d’écran parce que les parents de 70 ou 80 ans n’ont aucune envie de consulter des graphiques de variabilité cardiaque entre deux épisodes de série. Toute l’intelligence remonte vers l’application mobile des enfants, où l’IA répond en langage naturel. « Est-ce que le nouveau régime de papa affecte sa tension ? » « Maman a-t-elle bien pris son traitement ce matin ? » Eric Friedman a résumé l’intention dans une interview. « Nous avons conçu Luffu pour capter les détails au fil de la vie, tenir la famille informée et faire remonter ce qui compte au bon moment, afin que l’accompagnement soit coordonné plutôt que chaotique. »
Le modèle économique s’oriente vers un abonnement premium sans que les tarifs aient été communiqués. L’application est déjà compatible avec Apple Health, Fitbit et d’autres plateformes tierces, ce qui ouvre la voie à un écosystème où le bracelet ne serait qu’un maillon d’une chaîne de données familiales. La question de la confidentialité reste forcément le point sensible. Centraliser les informations médicales de plusieurs membres d’un foyer sur une seule plateforme exigera de Luffu une rigueur absolue sur le chiffrement et le consentement pour convaincre au-delà des premiers utilisateurs.
Park et Friedman ont déjà mis un tracker au poignet de dizaines de millions de personnes avec Fitbit. Ils parient cette fois sur un objet qui ne demande rien à celui qui le porte et qui rend tout à ceux qui s’en inquiètent.

