Ubisoft a refermé la porte de Winnipeg un mercredi matin, devant des employés réunis pour entendre la nouvelle. Le studio canadien, ouvert en 2018 comme antenne de soutien spécialisée dans les mondes ouverts, disparaît après huit ans d’activité. Environ 85 personnes perdent leur poste, un chiffre que certaines voix internes ramènent plutôt à 65.
L’annonce s’inscrit dans une charrette autrement plus vaste. L’éditeur français ferme simultanément son studio de Belgrade, en Serbie, où près de 100 salariés sont congédiés, et propose de recentrer Ubisoft Barcelone sur la seule franchise Rainbow Six. Au total, 380 postes seraient menacés à l’échelle du groupe, entre suppressions sèches et réorganisations en cours dans plusieurs territoires. À Barcelone, 61 emplois seraient touchés selon des sources locales.
Winnipeg laisse derrière lui un catalogue respectable pour une équipe d’appoint. Le studio a prêté main forte à Rainbow Six Siege, à Far Cry 6, à Assassin’s Creed Valhalla et au défunt XDefiant, ce shooter free-to-play qu’Ubisoft a fini par enterrer. Sa dernière mission portait sur Rainbow Six Mobile. Belgrade, lui, avait servi The Crew 2, Skull & Bones et les Ghost Recon, jusqu’à Assassin’s Creed Shadows.
Les départs touchent aussi des projets ailleurs dans la maison. À Montréal, environ 120 personnes affectées à Rainbow Six Siege ont été retirées du projet, auxquelles s’ajoutent une cinquantaine d’employés autour de la version mobile et d’un titre encore non annoncé. « Rainbow Six Siege reste une marque forte », tempère un porte-parole d’Ubisoft, qui présente ces ajustements d’effectifs comme une pratique courante au fil des cycles de production et d’exploitation.
Cette saignée n’a rien d’un accident. Voilà cinq ans qu’Ubisoft taille dans ses rangs, fermant Halifax dès janvier dernier. La même année, l’éditeur promettait une « dernière » campagne d’économies censée dégager 200 millions d’euros. Les comptes racontent pourquoi. Le chiffre d’affaires et les réservations nettes ont reculé, et la direction prévient que l’exercice en cours marquera « un point bas » de sa trajectoire de trésorerie, plombée justement par le coût des licenciements.
Reste un calendrier de sorties d’une maigreur éloquente, porté par deux remakes… Black Flag Resynced et Rayman Legends Retold. Quand un mastodonte du jeu vidéo se met à recycler ses propres souvenirs faute de cartouches neuves, la question n’est plus de savoir s’il coupera encore, mais qui s’assoira dans la prochaine salle de réunion.

