La PlayStation 6 reste un fantôme. Hiroki Totoki, président et CEO de Sony, a déclaré lors de la présentation des résultats financiers du groupe que rien n’était encore décidé, ni le calendrier de lancement, ni le prix de vente de la prochaine console. « We have not yet decided on at what timing we will launch the new console, or at what prices », a-t-il affirmé devant les analystes, ajoutant vouloir « observer et suivre la situation ».
93,7 millions de PS5 écoulées depuis le lancement, dont 1,5 million sur le seul dernier trimestre clos au 31 mars. Le chiffre paraît colossal, et pourtant la machine accuse désormais un léger retard sur la PS4 à période équivalente (qui avait alors atteint 2,6 millions d’unités sur le même trimestre). Un décalage que la hausse de 100 dollars du prix de la PS5 et les pénuries de composants au lancement expliquent en partie.
Le prix de la mémoire vive, gonflé par l’appétit dévorant de l’intelligence artificielle, constitue aujourd’hui le casse-tête le plus épineux pour les ingénieurs de Tokyo. Totoki a bien confirmé que Sony avait sécurisé ses approvisionnements et verrouillé ses tarifs pour le reste de l’année civile 2026. Mais l’exercice fiscal 2027 s’annonce autrement plus tendu, avec une pénurie de mémoire qui devrait maintenir les coûts à des niveaux très élevés. Le BOM (Bill of Materials), ce fameux coût total des composants d’une console, pourrait alors exploser.
Et c’est là que l’affaire devient franchement fascinante. Sony envisage ni plus ni moins de repenser la manière dont on achète une PlayStation. « We would like to think about various simulations, including changing business models to come up with the best solution and strategy », a glissé Totoki. Abonnement matériel, console modulaire, offre dématérialisée… les hypothèses restent ouvertes, et le dirigeant s’est bien gardé de lever le voile sur la moindre piste concrète.
David Gibson, analyste senior chez MST Financial, avait déjà anticipé ce scénario plus tôt dans l’année en estimant que le cycle de vie de la PS5 serait vraisemblablement prolongé et que la PS6 arriverait bien plus tard que prévu. Une lecture que les investissements massifs de Sony dans sa « plateforme de nouvelle génération » (mentionnés dans le rapport trimestriel comme frein à la croissance des bénéfices) viennent aujourd’hui solidement étayer.
Le groupe nippon a par ailleurs révélé une dépréciation de 765 millions de dollars liée aux actifs de Bungie, studio acquis en 2022 et dont le shooter Marathon n’a pas encore livré de chiffres de performance. Un trou béant dans les comptes qui rappelle combien la stratégie live-service de PlayStation reste un pari hautement inflammable.
Le nombre d’utilisateurs actifs sur les plateformes PlayStation continue pourtant de croître, souligne Totoki, ce qui offre à Sony le luxe de temporiser. Serkan Toto, CEO du cabinet Kantan Games, estime pour sa part que la sortie de GTA 6 (si Rockstar ne repousse pas le titre en 2027) suffira à elle seule à doper les ventes de PS5 cette année, « despite the now higher price ». Sony a aussi annoncé un partenariat avec Bandai Namco dans le domaine de l’IA générative, preuve que la firme prépare déjà le terreau technologique de demain.
La PS6 viendra, c’est une certitude. Mais Sony préfère visiblement arriver en retard avec un modèle économique réinventé que de se précipiter dans une guerre des prix qu’elle ne pourrait tout simplement pas gagner.

