Le dernier smartphone OnePlus vendu sur le site officiel nord-américain a trouvé preneur quelque part entre la mi-juillet et le début du mois d’août 2026, et personne n’a sonné le glas. OnePlus 15, OnePlus 15R, tablettes, montres connectées, tout est désormais affiché en rupture de stock sur oneplus.com, dans un silence numérique qui contraste violemment avec l’entrée fracassante de la marque sur la scène mondiale il y a plus de douze ans. Le site canadien est encore plus dépouillé, même les OnePlus Buds ont disparu des rayons virtuels. Au Mexique, le bouton « Buy » s’est tout bonnement évaporé.
L’annonce était tombée le 16 juillet, formulée avec la froideur chirurgicale d’un communiqué de crise bien calibré. OnePlus cessait toutes ses activités commerciales aux États-Unis, au Canada et en Europe. Shuang Chen, responsable des relations publiques mondiales d’Oppo (maison mère de la marque), avait alors précisé « ce n’était pas une décision prise à la va-vite ». Stratégique, disait-on. Le mot est commode quand il faut habiller un repli qui ressemble furieusement à une capitulation face au duopole Samsung-Apple, à un marché de passionnés en érosion constante et à des opérateurs américains qui n’ont jamais véritablement ouvert leurs portes au trublion chinois.
Quelques unités fantômes traînent encore chez des revendeurs tiers comme Amazon, vestiges d’un catalogue qui a pourtant profondément secoué l’industrie Android. Le OnePlus One, lancé en 2014 avec son système d’invitation qui rendait fou, avait inventé le concept de « value flagship », ce téléphone haut de gamme vendu au prix d’un milieu de gamme. Le OnePlus 3 avait ensuite popularisé la charge rapide, le 6T avait introduit le capteur d’empreintes sous l’écran sur le marché américain, et le 7 Pro avait été le premier smartphone Android à proposer un écran 90 Hz aux États-Unis. Douze ans d’innovations qui s’achèvent dans une page « Out of Stock ».
Le OnePlus 15, dernier représentant de la lignée sur ces marchés, embarquait une batterie de 7 300 mAh, soit 46 % de plus que les 5 000 mAh du Galaxy S26 Ultra de Samsung. Et c’est précisément là que le retrait fait mal, du moins pour les consommateurs occidentaux. Pourquoi Samsung se presserait-il d’élargir ses capacités de charge rapide sans cet aiguillon concurrentiel ? Pourquoi Google gonflerait-il les batteries de ses Pixel quand le rival le plus agressif en la matière a plié bagage ? La disparition d’OnePlus prive l’écosystème Android d’un catalyseur technologique dont l’influence dépassait largement ses parts de marché.
Oppo prend officiellement le relais en Europe avec un investissement accru, portant notamment le Find X9 Ultra et le Reno 16 en étendard. Elvis Zhou, CEO d’Oppo Europe, a confirmé que les engagements de service pour les appareils OnePlus existants restaient inchangés, garanties et mises à jour logicielles comprises. Les propriétaires d’un OnePlus verront toutefois OxygenOS céder la place à ColorOS, un changement cosmétique pour certains, un deuil identitaire pour les puristes qui avaient fait de cette surcouche épurée un totem. En Amérique du Nord en revanche, Oppo n’a strictement aucun plan produit, laissant le continent sans relève.
Le OnePlus 16, accompagné de ses déclinaisons Pro et Ultra, reste fortement pressenti pour une sortie en octobre prochain, peut-être en Chine et sans doute en Inde, mais nulle part ailleurs. L’importation depuis le marché chinois demeure techniquement possible, avec son lot de risques bien connus, notamment l’absence de garantie locale, la compatibilité réseau aléatoire et des mises à jour logicielles taillées pour un autre marché. Le contexte mondial n’aide pas non plus, les entreprises d’intelligence artificielle accaparant les stocks de mémoire RAM et faisant flamber les prix des composants à une vitesse qui donne le vertige aux fabricants de smartphones.
OnePlus aura donc traversé la décennie 2010 et la première moitié des années 2020 comme un feu d’artifice tiré dans le ciel saturé du marché mobile occidental… brillant, bruyant, et finalement éphémère. La marque qui avait osé demander « Never Settle » à ses utilisateurs a fini par se résigner elle-même, laissant Samsung et Apple se partager un terrain de jeu Android où la prochaine grande batterie de 7 300 mAh ne viendra peut-être plus jamais bousculer l’ordre établi.

