Le site allemand de OnePlus renvoie désormais ses visiteurs vers les téléphones Oppo, promettant « la même vitesse, les mêmes performances et la même compatibilité » que la marque qu’ils cherchaient. Ce bandeau, repéré au fil de l’automne, résume à lui seul une opération de démontage lancée depuis quatre ans.
Un rapport de Smartprix, relayé par Android Authority, affirme que le propriétaire chinois a enclenché une consolidation totale de son écosystème logiciel. OxygenOS, l’interface de OnePlus, et Realme UI seraient abandonnées sur tous les futurs appareils au profit d’un seul socle, ColorOS. La source, un « initié hautement fiable » resté anonyme, décrit une logique implacable, notamment « une seule surcouche Android sur trois marques, sans exception ». Ni OnePlus ni Oppo n’ont confirmé. Mais tout ce qui est vérifiable pointe dans la même direction.
La fusion n’a rien d’une surprise pour qui suit le dossier depuis 2021. En juin de cette année-là, OnePlus et Oppo ont officiellement réuni leurs équipes produit et R&D. Quelques mois plus tard, les deux firmes annonçaient un code source unifié entre OxygenOS et ColorOS, intégration complète prévue pour 2022. Pete Lau, alors directeur produit des deux maisons, baptisait la manœuvre « OnePlus 2.0 » et jurait que le système garderait « l’ADN d’OxygenOS », c’est-à-dire léger, propre, déverrouillable au niveau du bootloader. Aucune publicité, promettait-il aussi.
Cette promesse résonne aujourd’hui contre un décor autrement plus rude. En avril dernier, la quasi-totalité de l’équipe européenne a quitté l’entreprise en une seule semaine, dont le responsable des relations presse au Royaume-Uni et le directeur pays Royaume-Uni et Espagne, presque dix ans de maison. Les comptes régionaux sur X et Instagram dorment depuis des mois, le compte OnePlus Europe muet depuis l’an dernier. La firme a alors reconnu repenser sa « feuille de route régionale et sa stratégie produit ». Le stock britannique s’est tari, sans renouvellement annoncé.
OxygenOS, lancé en mars 2015, avait pourtant bâti une clientèle rare. Un Android quasi nu, quelques gestes tactiles, un mode sombre, zéro bloatware, aucun écran de verrouillage cherchant à monétiser l’attention… Dans un marché saturé de surcouches obèses, cette sobriété attirait les bidouilleurs et les puristes attachés au déverrouillage du bootloader, réaffirmé par OnePlus en 2021 comme un engagement à part. Ces utilisateurs traitaient la compatibilité modding non comme un bonus mais comme un prérequis.
La rationalité économique de la manœuvre qui consiste a maintenir trois pipelines logiciels distincts, ceux d’Oppo, de OnePlus et de Realme, n’a plus de sens dès lors que les marques ne fonctionnent plus séparément. Un ColorOS unique signifie des cycles de développement partagés, des correctifs de sécurité mutualisés, un déploiement commun des fonctions dopées à l’IA. La Chine connaissait déjà ce sort puisque les OnePlus y tournent depuis longtemps sous ColorOS plutôt que sous HydrogenOS, variante locale d’OxygenOS. Seul le nom changeait selon les régions. Ce dernier écart s’apprête, semble-t-il, à disparaître.
OnePlus Europe a garanti en avril que le suivi après-vente, les mises à jour et les droits des consommateurs restaient « pleinement assurés ». Les appareils en circulation ne seront pas lâchés en cours de cycle. Le flou concerne plutôt les futurs acheteurs, avec trois questions ouvertes qu’aucun communiqué ne tranche, notamment la survie du bootloader déverrouillable, l’apparition éventuelle de publicités et le degré réel de personnalisation d’un ColorOS estampillé OnePlus.
Les États-Unis restent le point le plus incertain puisque OnePlus North America affirme rester opérationnelle. Mais Oppo ne vend officiellement aucun smartphone outre-Atlantique, ce qui prive le marché américain de toute marque capable d’absorber les clients orphelins si l’Europe fait jurisprudence. L’Inde, désignée avec la Chine comme l’un des deux derniers bastions, n’offre guère mieux puisque OnePlus y a déjà supprimé sa présence physique et lancé le Nord 6 en exclusivité en ligne, absent d’Europe et du Royaume-Uni. « Se recentrer sur l’Inde » décrit ici une empreinte rabotée, pas une reconquête.
Le code fusionné en 2021, les ingénieurs regroupés, l’équipe européenne partie, le site allemand qui aiguille vers Oppo, tout converge vers une seule issue. Ce qui rendait OxygenOS défendable tenait à une philosophie, rapide, propre, respectueuse du temps et du stockage de l’utilisateur. Sans elle, justifier OnePlus comme marque distincte plutôt que comme un emballage régional d’Oppo devient difficile à tenir. La réponse se lira dans le prochain appareil que OnePlus daignera livrer, sur les marchés qui en recevront encore un.

