Trois téléphones lancés en 2026, au moins le double prévu l’année suivante. Akis Evangelidis, cofondateur de Nothing, a dévoilé dans une interview accordée à Times Now Tech une feuille de route qui sent la poudre, celle d’une marque encore jeune qui refuse de rester cantonnée au milieu de gamme et veut désormais saturer les rayons avec une offensive tous azimuts.
La gamme 2026 se résumait jusqu’ici au Phone 4a, au Phone 4a Pro et au Phone 4b, trois appareils situés entre l’entrée et le milieu de gamme, Carl Pei ayant lui-même prévenu en janvier qu’aucun flagship ne verrait le jour cette année. L’horizon 2027 s’annonce radicalement différent. « Nous avons lancé trois smartphones cette année, et nous cherchons à lancer deux fois ce nombre l’année prochaine », a confirmé Evangelidis, ajoutant que les plans sont « à peu près décidés ». Six téléphones, donc, peut-être davantage, avec en ligne de mire le retour tant attendu d’un véritable flagship, le Nothing Phone (4), et la résurrection potentielle du CMF Phone 3 Pro.
Ce dernier avait été sacrifié sur l’autel de la mémoire vive. La flambée historique des prix de la RAM a contraint Nothing à débrancher la prise « assez tard », selon les mots d’Evangelidis, qui reconnaît suivre de près l’évolution des cours. « Nous cherchons différentes façons d’y parvenir pour l’année prochaine, mais c’est encore à l’étude », a-t-il précisé, laissant entendre que la sous-marque CMF n’est pas enterrée, juste mise en hibernation stratégique le temps que les composants redeviennent économiquement viables.
L’ambition de Nothing ne se limite d’ailleurs pas à empiler des références dans un catalogue. La marque a structuré en interne des business units dédiées à l’audio et aux produits natifs IA, un signal fort qui dessine les contours d’un écosystème complet où les écouteurs (les CMF Clip Pro à 99 dollars arrivent le 15 août), les interfaces lumineuses Glyph et l’intelligence artificielle embarquée formeraient un tout cohérent. Evangelidis n’a pas commenté les rumeurs d’un virage AI-first, mais la création de ces divisions spécialisées parle d’elle-même.
Le terrain de jeu géographique s’élargit aussi spectaculairement. L’Inde reste un marché fondamental pour Nothing, celui où la marque a forgé sa base de fans la plus fervente. Mais les États-Unis deviennent une « priorité », et le timing est presque trop beau. OnePlus, qui partageait avec Nothing un ADN contestataire et une clientèle d’enthousiastes Android, se retire progressivement du sol américain, laissant béant un espace que Samsung et Google Pixel occupent sans réelle concurrence venue de la scène indépendante. Nothing y voit, selon Evangelidis, « un manque énorme d’options » et une opportunité aussi bien pour les téléphones que pour l’audio. Le Phone 4a Pro, déjà commercialisé outre-Atlantique, fait office d’éclaireur.
Reste à savoir si cette montée en puissance ne diluera pas ce qui fait le sel de Nothing… Le design bicolore translucide, l’interface Glyph (cet éclairage dorsal qui sert tour à tour de lampe torche, de flash, de jauge de batterie et de LED de notification) puis son évolution en Glyph Matrix, cet écran dot-matrix personnalisable au dos du téléphone, constituent une identité visuelle qu’aucun concurrent Android ne peut revendiquer. Doubler la cadence de production sans banaliser cette singularité sera le vrai exercice d’équilibriste pour l’équipe de Carl Pei.
Nothing joue en 2027 la carte du volume et de la montée en gamme simultanée, un pari que des marques bien plus établies ont souvent raté en se dispersant. La différence tient peut-être à cette capacité, cultivée depuis le premier Phone (1), à transformer chaque lancement en événement culturel autant que technologique, dans un marché Android qui manque cruellement de panache.

