Blizzard Entertainment vient de boucler l’exercice fiscal 2026 au sommet de la hiérarchie Xbox, une consécration presque impensable pour un studio qui, il y a encore trois ans, traînait les stigmates d’une décennie de turbulences internes et de sorties en demi-teinte. Johanna Faries, présidente de Blizzard, a célébré cette performance dans des emails internes révélés par Windows Central, affirmant que l’année écoulée représente « le troisième exercice le plus élevé en chiffre d’affaires de l’histoire de Blizzard ».
Deux franchises ont littéralement propulsé le studio californien au-dessus de mastodontes comme Bethesda (Fallout, The Elder Scrolls) ou les équipes derrière Call of Duty. Overwatch, d’abord, qui après avoir abandonné le « 2 » de son nom et réintroduit les fameuses loot boxes en 2025, a enchaîné avec dix nouveaux héros sur l’année 2026 et une avalanche de mises à jour qualitatives. Le résultat est spectaculaire, puisque le hero shooter affiche selon Faries « son trimestre le plus fort depuis 2022 ». Diablo 4, ensuite, dont la deuxième extension Lord of Hatred, lancée en avril dernier avec ses classes Paladin et Warlock, a solidement ancré l’action-RPG dans le quotidien de millions de joueurs.
L’enchaînement des exercices 2025 et 2026 marque d’ailleurs la première séquence de croissance consécutive pour Blizzard depuis l’exercice fiscal 2017, soit près de dix ans de disette interrompue. Dix ans pendant lesquels le studio a traversé des controverses internes, l’échec retentissant de l’annonce mobile de Diablo Immortal à la BlizzCon 2018, la refonte chaotique d’Overwatch 2 et le rachat titanesque par Microsoft pour 69 milliards de dollars. Que Blizzard émerge aujourd’hui comme la locomotive du portefeuille gaming de Redmond raconte quelque chose de profond sur la stratégie d’activation permanente que Faries a déployée, cette logique de « permabond » où chaque franchise est nourrie en contenu continu, en événements saisonniers, en extensions régulières qui maintiennent les communautés en état de combustion.
Le contraste avec le reste de l’écosystème Xbox est saisissant, pour ne pas dire cruel. Microsoft a récemment annoncé 3 200 suppressions de postes dans sa division gaming, tandis qu’Asha Sharma, la nouvelle CEO de la branche, promettait un « reset » complet de la marque. Un développeur d’id Software (les créateurs de DOOM, autre studio Xbox) a même publiquement fustigé la direction, estimant que les dirigeants de l’entreprise « ne comprennent fondamentalement pas l’art ». Dans ce paysage de restructurations et de doutes existentiels, Blizzard fait figure d’îlot de prospérité, un studio qui a su transformer ses IP trentenaires en machines à engagement perpétuel.
Faries a par ailleurs évoqué des projets mobiles et transmédia en développement autour de plusieurs franchises du studio, ainsi que l’avancement d’un prochain opus principal de la saga Diablo. La BlizzCon 2026, programmée les 12 et 13 septembre prochains, devrait servir de vitrine à cette nouvelle ère. « J’espère que l’événement pourra éclairer le travail en cours chez Blizzard », a écrit la présidente à ses équipes, « et qu’il servira de tremplin puissant vers une nouvelle dynamique d’enthousiasme autour de notre mission ».
Reste une question… Comment un éditeur né dans les garages d’Irvine en 1991, bâtisseur de StarCraft et de World of Warcraft, a-t-il fini par devenir l’actif le plus rentable d’un conglomérat à 3 000 milliards de dollars de capitalisation ? La réponse tient sans doute dans cette capacité, presque obstinée, à ressusciter ses propres mythologies, à les réinventer saison après saison, jusqu’à ce que la nostalgie se mue en revenu récurrent, et que chaque joueur retrouvé devienne un abonné fidèle à l’univers Blizzard tout entier.

