OpenAI vient d’achever le pré-entraînement d’un nouveau modèle de langage au nom de code « Spud », et Sam Altman promet déjà une sortie dans les prochaines semaines. Le patron de l’entreprise la plus scrutée de la Silicon Valley a bien compris que le temps presse, que chaque jour compte, que la fenêtre de tir se referme… La question qui électrise la communauté IA tient en quelques caractères possibles. GPT-5.5 ou GPT-6 ?
Le lancement chaotique de GPT-5 a visiblement laissé des traces profondes dans les couloirs d’OpenAI. Sam Altman a lui-même reconnu devant des journalistes à San Francisco que le modèle avait été perçu comme « plus froid » et moins utile que son prédécesseur. Un aveu rare pour un homme qui cultive d’ordinaire l’enthousiasme prophétique. L’entreprise a déjà corrigé le ton du modèle, et s’est aussitôt lancée dans une course effrénée vers la génération suivante.
« Spud » serait, selon les termes d’Altman rapportés par The Information, un « modèle très puissant » capable de « réellement accélérer l’économie ». Rien de moins. Aucun détail technique n’a filtré sur ses capacités réelles, mais la confiance affichée en interne tranche avec l’atmosphère de « Code Red » qui règne chez OpenAI depuis décembre 2025 (moment où Anthropic avec Claude et Google avec Gemini ont drastiquement réduit l’écart).
La mort de Sora, l’outil de génération vidéo, est peut-être le symptôme le plus spectaculaire de cette réorientation stratégique. Chaque puce GPU mobilisée pour fabriquer des clips vidéo était une puce arrachée aux projets de langage et de code. OpenAI a donc tranché net. L’application, son API, l’intégration prévue dans ChatGPT, tout a été abandonné. Un partenariat envisagé avec Disney n’a jamais abouti. L’équipe Sora travaillera désormais sur la « simulation de mondes » destinée à la robotique, un horizon bien plus lointain.
OpenAI concentre aujourd’hui ses ressources sur un projet de « super app » qui fusionnerait ChatGPT, l’outil de programmation Codex et un navigateur propriétaire dans une seule application de bureau. L’ambition est de devenir l’interface unique du travailleur augmenté par l’IA, un guichet universel pour l’entreprise. Et qui dit entreprise dit revenus, dit chemin vers la rentabilité (un objectif qui obsède la direction depuis des mois).
La restructuration va bien au-delà du produit puisque Fidji Simo, arrivée il y a quelques semaines à peine, pilote désormais la division « AGI Deployment » qui englobe l’ensemble des produits. La division sécurité est passée sous la responsabilité de Mark Chen au sein de la recherche, tandis que Greg Brockman supervise la sécurité technique. Altman, lui, entend se consacrer davantage à la levée de fonds et à la construction de centres de données.
OpenAI sacrifie ses ambitions créatives (la vidéo, les images génératives grand public) pour tout miser sur la productivité et le code, là où Anthropic a déjà solidement planté son drapeau. Les semaines qui viennent diront si « Spud » porte bien son nom de tubercule prometteur ou s’il restera enterré sous les attentes démesurées d’une industrie qui ne pardonne plus la moindre déception.

