OpenAI brûle du cash à un rythme que même Wall Street commence à juger intenable. Selon HSBC Global Investment Research, la société ne sera pas rentable avant 2030 et devra encore lever près de 207 milliards de dollars pour financer sa croissance.
En septembre 2025, l’entreprise a signé un accord estimé à 10 milliards avec Broadcom pour des puces sur mesure. Quinze jours plus tard, Nvidia annonçait un engagement pouvant atteindre 100 milliards sur plusieurs années. Début octobre, AMD entrait dans la danse avec un contrat évalué à 90 milliards entre 2026 et 2030. Trois géants du semi-conducteur, trois accords circulaires, un même constat « OpenAI achète tout ce qui calcule » souffle un analyste du secteur.
HSBC a recalculé ses projections à la suite de ces annonces. Le groupe prévoit que les coûts d’infrastructure atteindront 792 milliards entre fin 2025 et 2030. Le total des engagements en puissance de calcul grimperait à 1,4 trillion d’ici 2033. L’entreprise viserait 36 gigawatts de capacité, soit l’équivalent énergétique d’un État entre le Texas et la Floride.
Le modèle économique reste fragile. Les revenus pourraient dépasser 213 milliards en 2030 mais la marge opérationnelle demeurerait négative. « C’est un gouffre avec un site web au-dessus » a ironisé le blog Alphaville du Financial Times. Sam Altman a reconnu la tension lors d’un podcast, lâchant un seul mot « Enough ».
Les accords avec Microsoft et Amazon, respectivement 250 et 38 milliards, n’ont pas apporté de capitaux frais. Ils alourdissent la dépendance d’OpenAI à ses partenaires cloud. Microsoft, Amazon, Oracle, Nvidia et AMD sont à la fois fournisseurs et investisseurs. Une situation que plusieurs analystes jugent « structurellement risquée ».
HSBC estime que la société pourrait combler une partie du déficit en doublant la proportion d’abonnés payants de 10 à 20 pour cent, ce qui ajouterait environ 194 milliards de revenus. Une hypothèse que la banque qualifie de « très optimiste ». Le reste devrait provenir d’une captation accrue de la publicité en ligne ou d’une efficacité accrue des centres de données.
Les marchés s’inquiètent. Oracle a vu ses credit default swaps bondir, signe d’une nervosité croissante sur le financement de l’IA. Lisa Shalett de Morgan Stanley a parlé d’un « signal d’alerte sur la soutenabilité du modèle ».
Le débat sur la productivité refait surface. HSBC cite Robert Solow « on voit l’ordinateur partout sauf dans les statistiques de productivité ». John Williams de la Réserve fédérale rappelait déjà en 2017 que « les technologies modernes ont surtout accru notre consommation de loisirs ».
Savita Subramanian de Bank of America observe un basculement vers un modèle industriel plus lourd en actifs. Les data centers deviennent le nouveau pétrole, mais un pétrole qui coûte cher à extraire. Jason Furman, économiste à Harvard, a calculé que sans eux la croissance américaine du premier semestre 2025 n’aurait été que de 0,1 pour cent.
Il y a donc une question que les marchés murmurent sans oser la formuler tout haut. OpenAI survivra-t-elle à sa propre ambition.

