C’est un revers que DeepSeek n’avait pas anticipé. L’entreprise chinoise, en pleine ascension dans le secteur de l’intelligence artificielle, a été contrainte de suspendre le lancement de son modèle R2 après avoir échoué à le former sur les puces Ascend de Huawei. Derrière ce contretemps, une tentative stratégique, imposée ou fortement suggérée par Pékin , visant à substituer les GPU Nvidia par du matériel local.
Après le succès remarqué du modèle R1 en janvier, DeepSeek devait confirmer sa place parmi les leaders avec une version améliorée, le R2. Seulement voilà, la pression politique a pesé lourdement sur les choix techniques. Trois sources proches du dossier ont confirmé que l’entreprise a tenté pendant plusieurs mois d’effectuer l’entraînement de son nouveau modèle sur les puces IA conçues par Huawei. Résultat : des échecs répétés, des performances instables et aucun cycle d’apprentissage complet réussi.
Le problème n’est pas que symbolique. En matière d’IA, la phase d’entraînement est critique puisqu’elle mobilise une puissance de calcul massive et exige une stabilité sans faille. Les puces Ascend B et ses variantes récentes se sont révélées insuffisantes pour ce niveau d’exigence. Elles restent adaptées aux tâches dites d’inférence (lorsqu’un modèle déjà entraîné répond à des requêtes), mais peinent face aux contraintes extrêmes du processus initial d’apprentissage.
Même l’intervention directe des ingénieurs de Huawei n’a rien changé au constat technique : impossible de finaliser l’entraînement du modèle R2 avec leur matériel. Face à l’impasse, DeepSeek a fini par revenir vers Nvidia pour reprendre le développement avec ses GPU H20, pourtant soumis à des restrictions d’exportation américaines.
Cette marche arrière retarde considérablement le roadmap initial. Le lancement prévu en mai a été annulé sans nouvelle date communiquée officiellement. Visiblement agacé par cette déconvenue, Liang Wenfeng, fondateur de DeepSeek, aurait exprimé sa frustration face au manque de progrès et exigerait désormais que ses équipes rehaussent leurs ambitions.
L’épisode met aussi en évidence la tension entre volonté politique et contraintes techniques. Pékin pousse activement ses champions nationaux comme DeepSeek à adopter des composants locaux dans un effort assumé vers l’autonomie technologique face aux sanctions américaines. Or ici, forcer la main a produit l’effet inverse, c’est à dire une perte de temps critique dans un marché où chaque trimestre creuse davantage l’écart entre leaders mondiaux et suiveurs.
Même Ren Zhengfei, PDG emblématique de Huawei, reconnaissait récemment que ses meilleures puces restaient « encore une génération derrière ». Une lucidité rare alors que le secteur est saturé par les discours triomphalistes.
La startup chinoise continue malgré tout à chercher comment intégrer les puces Huawei pour certaines tâches secondaires liées à l’inférence, mais pour ce qui est du cœur même du développement IA moderne, Nvidia conserve encore une avance difficilement contournable.
L’incident rappelle que si la souveraineté technologique est un objectif stratégique légitime pour la Chine, elle ne peut se décréter ni s’improviser au détriment des exigences concrètes du terrain scientifique et industriel.

