Soixante secondes. C’est le temps nécessaire pour relier un compte marchand Amazon à l’intelligence artificielle d’Anthropic (sans manipuler la moindre ligne de code). Sur la scène d’Accelerate, sa conférence annuelle organisée à Seattle, Amazon a dévoilé une version agentique de Seller Assistant greffée à l’environnement conversationnel de Claude. Amit Agarwal, vice-président senior des services aux vendeurs partenaires mondiaux depuis février, a présenté le Selling Partner Plugin, pièce maîtresse du dispositif. Le marchand tape ses ordres de gestion dans la fenêtre de discussion, loin de la console Seller Central, et garde la main sur chaque exécution finale qui attend toujours son feu vert.
Pourquoi ouvrir son écosystème à Claude tout en refoulant d’autres agents autonomes ? Cette ouverture survient au moment où Amazon claque la porte aux robots de navigation tiers. L’agent Muse de Meta en a fait les frais, bloqué à l’entrée de la place de marché. Seattle écrit désormais la règle du jeu, et tout outil extérieur doit décliner son identité selon les codes de l’écosystème Amazon. L’entreprise protège ainsi son audience d’acheteurs contre le siphonnage de ses catalogues, tout en offrant aux vendeurs une passerelle sécurisée pour piloter leur activité.
Plus de 90 % des marchands utilisent déjà des générateurs d’intelligence artificielle tiers dans leur quotidien. Amazon capte cet usage en s’appuyant sur son assistant, déjà accessible à plus de 90 % des comptes vendeurs actifs à travers le monde dans leur langue d’origine. Son atout réside dans une mémoire continue, capable de conserver les cycles d’approvisionnement et les schémas tarifaires d’une session à l’autre. Le vendeur programme ensuite des workflows qui tournent 24 heures sur 24. L’un veille sur l’account health, un autre réagit dès qu’un concurrent tombe en rupture de stock, un troisième sonne l’alerte quand une référence vedette glisse sous la barre des 4 étoiles. Aucune action ne part sans la validation du marchand, et un journal d’audit consigne l’historique de chaque modification. Dernier étage de la fusée, l’espace de travail visuel Canvas met en forme le diagnostic des investissements publicitaires et repère les pistes d’expansion géographique.
Mary Beth Westmoreland (vice-présidente chargée de l’expérience mondiale des vendeurs partenaires) a fixé le cap devant l’assistance : « Notre vision consistait à faire en sorte qu’ils n’aient plus jamais besoin de se connecter à Seller Central. Nous voulions porter l’outil là où ils travaillent déjà. »
La mécanique s’appuie sur le catalogue de modèles d’Amazon Bedrock. Les requêtes envoyées à Claude restent cantonnées à l’infrastructure d’AWS, et les bilans financiers des vendeurs ne quittent jamais les serveurs du groupe afin d’empêcher tout réentraînement public des modèles de fondation. Cette intégration illustre la méthode maison face aux laboratoires frontier comme OpenAI ou Anthropic. Côté Anthropic, Eric Burns (Field CTO) confirme que l’outil croise les indicateurs de la place de marché avec les documents logistiques propres à chaque marchand.
Les vendeurs tiers écoulent plus de 60 % des volumes physiques vendus sur la place de marché. Au deuxième trimestre 2026, ils ont versé 46,8 milliards de dollars de commissions de services, selon les résultats publiés le 30 juillet 2026. La somme dépasse les 42,2 milliards de dollars engrangés par la division AWS sur la même période. Ces mêmes marchands alimentent aussi la régie publicitaire, dont les recettes ont bondi de 26 % pour atteindre 19,8 milliards de dollars. Pour installer l’outil dans les équipes, Amazon offre douze mois d’accès gratuit à Amazon Quick Plus. L’offre est réservée au titulaire principal du compte, inclut deux accès collaborateurs et doit être activée avant le 31 décembre 2026.
Les vendeurs français devront patienter. Le connecteur démarre par une phase d’évaluation réservée aux boutiques américaines, avant une extension internationale promise dans les semaines suivantes. Le calendrier judiciaire plane au-dessus de l’opération, puisque le procès antitrust intenté par la Federal Trade Commission s’ouvrira devant la justice fédérale à Seattle en mars 2027. En transférant le pilotage des stocks vers un tableau conversationnel, Amazon confie l’exécution aux algorithmes… tout en tentant d’imposer ses standards au commerce automatisé.

