Le site Coco n’est pas mort. Il est revenu sous un autre nom, Cocoland, avec ses noix de coco en fond d’écran, son design kitsch, ses salons de discussion sans vérification d’identité. Le même site. Le même vide. La même trappe.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête le 28 avril 2026 sur cette résurgence, confiée à l’unité nationale cyber de la gendarmerie nationale. Ouest-France avait révélé dès le 17 avril l’existence de cette plateforme accessible sous l’adresse « cocoland.info », qui se présente comme le « tchat coco vraiment gratuit ». Douze jours après les premiers signalements, le site restait pourtant en ligne.
23 051 procédures judiciaires avaient été ouvertes entre janvier 2021 et mai 2024 en lien avec la plateforme Coco, selon le parquet de Paris. Quelque 70 parquets sur l’ensemble du territoire national avaient transmis des dossiers impliquant ce tchat, au préjudice de 480 victimes recensées. Des guets-apens homophobes, des échanges de contenus pédopornographiques, des viols organisés. Et puis il y a eu Mazan. Dominique Pelicot, condamné à 20 ans de réclusion, avait pendant dix ans recruté via coco.fr des dizaines d’hommes pour violer son épouse Gisèle, préalablement droguée aux anxiolytiques.
Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, a dénoncé cette réapparition avec des mots qui tournent autour de la colère. « Le retour du site Coco, c’est une vraie gifle à la promesse de protection qu’on fait », a-t-elle déclaré sur RMC. « On les traquera, on les harcèlera, on ne leur laissera pas de répit. » Elle a par ailleurs signalé deux autres plateformes, Chaat.fr et Legarcon.net, soupçonnées de mettre en contact des pédocriminels, et précisé qu’un troisième site, Chatiw, se trouvait aussi dans le viseur des autorités.
L’association Face à l’inceste a salué « une avancée » tout en dénonçant « l’insuffisance de la réponse publique ». « Malgré l’ouverture d’une enquête, le site reste actif, accessible, sans vérification d’âge, sans modération, en toute impunité », déplore-t-elle dans un communiqué. Un pseudo, un âge inventé, et l’on entre. Rien d’autre. Aucun filtre, aucune barrière…
Isaac Steidl, fondateur italien du site Coco originel, a été mis en examen en janvier 2025 à Paris pour complicité de trafic de stupéfiants, détention et diffusion d’images pédopornographiques, corruption de mineur via Internet et association de malfaiteurs. Son avocat, Me Julien Zanatta, a tenu à préciser que « mon client est totalement étranger à l’ouverture du site internet en cause », tout en contestant les poursuites visant son client. Les investigations sur la plateforme fermée en 2024, ouvertes en décembre 2023 sur des faits courant de 2018 à 2024, étaient pourtant bien avancées avant cette résurgence.
Le problème reste entier, du moins sur le plan technique. Car bloquer un site hébergé à l’étranger suppose des procédures longues, des coopérations internationales incertaines, des délais qui profitent à ceux qui exploitent l’anonymat comme un piège. On ferme une adresse. Une autre apparaît. Le même mécanisme, la même architecture, les mêmes salons où des enfants peuvent entrer sans que personne ne leur demande qui ils sont. La justice promet de traquer. Le site, lui, attend.

