Le verre, ce totem du smartphone premium que tout le monde caresse et que tout le monde fissure, vit peut-être ses dernières heures sur les flagships Xiaomi. Une fuite publiée ce 11 août sur Weibo par le leaker Digital Chat Station dévoile les échantillons d’ingénierie des Xiaomi 18 Pro et 18 Pro Max, testés dans une palette de cinq coloris, noir, blanc, rose, bleu et rouge, et surtout habillés d’un matériau composite en fibre de verre qui remplace intégralement le panneau arrière en verre pur. Cinq teintes, zéro verre… la formule a de quoi bousculer les codes du segment ultra-haut de gamme.
La fibre de verre (un alliage de verre pilé et de résine plastique liquide) s’est déjà solidement installée chez plusieurs constructeurs chinois ces derniers mois, et Xiaomi semble vouloir en faire un argument de poids, ou plutôt de légèreté. Le matériau offre en effet un châssis dorsal sensiblement plus léger, une résistance aux chocs bien supérieure à celle du verre trempé classique, et un coût de production potentiellement réduit dans un contexte où le prix des composants grimpe trimestre après trimestre. Quand on sait que le Galaxy S26 Ultra conserve son dos en Gorilla Glass Armor et que l’iPhone 18 Pro reste fidèle au titane-verre céramique, le pari de Xiaomi prend une dimension stratégique évidente.
Cinq couleurs sur un flagship Android, c’est une proposition que ni Samsung ni Apple n’ont osée simultanément sur leurs modèles Pro ces deux dernières années. Digital Chat Station qualifie lui-même cette sélection de « très riche », et la présence du rose comme du rouge trahit une volonté d’adresser des segments de clientèle habituellement négligés par les rivaux coréen et américain. Le noir et le blanc rassurent les puristes, le bleu capitalise sur le succès des teintes froides en Asie, tandis que le rose et le rouge visent frontalement le marché chinois domestique, friand de finitions expressives.
Les deux appareils conserveraient par ailleurs le langage de design inauguré par les Xiaomi 17 Pro et 17 Pro Max, écran secondaire arrière inclus, dont la diagonale pourrait même augmenter sur le 18 Pro. Ce petit écran dorsal, devenu signature de la gamme, gagne en pertinence quand le matériau qui l’entoure change de nature, la fibre de verre autorisant des découpes et des intégrations plus souples que le verre monolithique.
Côté puissance brute, les deux modèles embarqueraient le Snapdragon 8 Elite Gen 6 dans sa déclinaison « Pro », une puce gravée en 2 nm chez TSMC articulée autour d’un CPU Oryon en configuration 2+3+3, d’un GPU Adreno 845 et de mémoire LPDDR5X. Qualcomm devrait officiellement lever le voile sur cette architecture lors de son Snapdragon Summit annuel, programmé en septembre, et les Xiaomi 18 Pro seraient annoncés dans la foulée, parmi les tout premiers terminaux à l’exploiter. Sur le volet photo, des rumeurs antérieures évoquent un double capteur de 200 Mpx sur le 18 Pro, tandis que le 18 Pro Max profiterait d’un écran LIPO de 6,9 pouces capable de descendre à 1 nit de luminosité et compatible avec l’espace colorimétrique étendu BT.2020.
L’arrivée en Inde serait prévue d’ici décembre, après le lancement des séries Redmi 17 (5 septembre) et Redmi Note 17 Pro (autour du 18 ou 20 septembre). Rien de tout cela n’est encore confirmé par Xiaomi, qui n’a pas commenté ces fuites. Mais la trajectoire se dessine avec une netteté presque provocante pour un constructeur qui, il y a quatre ans à peine, était encore perçu comme un challenger du rapport qualité-prix. Avec cinq coloris tapageurs et un dos en fibre de verre là où la concurrence s’accroche au verre noble, Xiaomi ne cherche plus à imiter les ténors du premium, du moins pas sur le terrain du matériau. Le message tient en un paradoxe savoureux : c’est en renonçant au verre que le fabricant chinois entend faire briller ses prochains flagships.

