La mémoire vive est devenue, en quelques mois, l’or noir de l’industrie technologique, et la PlayStation 6 pourrait en être la première victime collatérale. Depuis septembre 2024, les prix de la DDR5 ont littéralement explosé sous l’effet d’une razzia orchestrée par les géants de l’intelligence artificielle, qui ont aspiré les stocks disponibles avec une voracité que personne n’avait anticipée. Le coût de fabrication estimé d’une PS6, aux alentours de 960 dollars par unité, rend aujourd’hui une mise en production à l’horizon 2027 économiquement périlleuse.
Micron, qui fournit environ 30 % de la RAM vendue sur le marché mondial, a annoncé son retrait pur et simple du segment grand public dès 2026 pour se consacrer exclusivement aux entreprises et aux acteurs de l’IA. Cette décision ampute d’un tiers l’approvisionnement destiné aux fabricants de consoles, et place Sony dans une position d’autant plus inconfortable que les documents internes évoqués par le leaker Moore’s Law Is Dead (Tom, analyste tech et vidéaste spécialisé) situaient le début de la fabrication de la PS6 à mi-2027. « Les documents que j’ai vus en coulisses indiquent que la PS6 est censée être fabriquée à la mi-2027. Sur cette base, on ne sait pas encore vraiment si elle sera affectée », a-t-il déclaré lors d’un podcast en décembre.
En vidéo, le même Moore’s Law Is Dead est revenu sur la crise de la RAM qui menace la PS6, entre débunk des rumeurs et analyse de la stratégie mémoire de Sony :
Le même analyste soutient par ailleurs que la PS6 tirerait un bénéfice considérable de l’architecture AMD RDNA 5, une génération de GPU dont la maturité industrielle ne sera vraisemblablement pas atteinte avant 2028. Attendre permettrait donc à Sony non seulement de contourner la flambée des prix de la mémoire, mais aussi d’intégrer une puce graphique nettement plus performante que ce qu’un lancement précipité en 2027 autoriserait. L’équation est limpidement arithmétique pour le constructeur japonais.
InsiderGaming a corroboré ces informations en rapportant que les fabricants de consoles débattent activement d’un report de la fenêtre de lancement initialement prévue entre 2027 et 2028, dans l’espoir que les capacités de production de RAM rattrapent la demande. L’industrie des semi-conducteurs construit effectivement de nouvelles lignes aussi vite que possible, et de nouvelles technologies de fabrication devraient faciliter la montée en cadence… mais pas avant que la pénurie n’ait sévi durant toute l’année 2026, selon les projections actuelles.
La communauté PlayStation a accueilli ces rumeurs de report avec un flegme inattendu, pour ne pas dire un certain soulagement. Sur Reddit, les réactions oscillent entre pragmatisme et satisfaction assumée. « Cette génération de consoles a encore beaucoup à offrir. Je n’imagine pas que les jeux qui sortent actuellement peinent vraiment avec la technologie en place », écrivait un utilisateur. Un autre résumait le sentiment dominant d’une formule lapidaire : « Ça me va très bien. » La PS5, commercialisée fin 2020, n’a que quatre ans et demi d’existence, et son catalogue continue de s’étoffer à un rythme soutenu.
Sony se retrouve donc pris dans un étau dont les deux mâchoires portent le même nom. D’un côté, une mémoire DDR5 dont le prix unitaire rend la fabrication d’une console à tarif acceptable quasi impossible à court terme. De l’autre, une architecture graphique AMD RDNA 5 qui promet un saut générationnel suffisamment spectaculaire pour justifier la patience. Reste une question que personne chez Sony ne formulera publiquement avant longtemps : combien de temps le marché de la RAM mettra-t-il à se stabiliser, et Valve, qui prépare sa Steam Machine en plein cœur de cette tempête, osera-t-elle franchir le pas la première ?

