Ed Fries a immédiatement reconnu la créature. Le cofondateur de la Xbox et ancien vice-président de Xbox Gaming Publishing a révélé sur le podcast The Expansion Pass que Project Helix, nom de code de la prochaine console Microsoft, reprend la vision que Redmond avait conçue pour sa toute première machine à la fin des années 1990. « C’est très similaire à ce qu’était le plan original de la Xbox. Pas celle que nous avons livrée. Le plan initial, c’était un PC sous Windows, fondamentalement un PC qui ressemblait à une console et prétendait en être une, tout en étant vraiment un PC en dessous », selon Ed Fries, cofondateur de la Xbox.
La Xbox originale devait être un ordinateur de salon grimé en console. Processeur, carte graphique, disque dur, chaque composant rappelait déjà les tours gaming de l’époque. L’idée s’est pourtant fracassée sur les contraintes matérielles du moment, notamment la capacité de mémoire vive. Installer Windows dans son intégralité aurait englouti des ressources dont les développeurs avaient un besoin vital. « Les développeurs avaient désespérément besoin de chaque petit bout de mémoire qu’ils pouvaient obtenir. C’est pourquoi nous avons basculé vers quelque chose de bien plus personnalisé, avec un overhead très faible côté système d’exploitation, afin de donner le maximum de la machine aux créateurs de jeux », a rappelé Ed Fries.
Microsoft a donc livré en 2001 un compromis élégant. L’architecture restait très PC (le CPU pouvait se retrouver dans un ordinateur classique, le GPU aussi), enveloppée d’un OS allégé taillé pour le gaming. L’autre écueil, moins souvent évoqué, touchait aux jeux Microsoft eux-mêmes. Age of Empires et Flight Simulator n’offraient aucune interface adaptée à la manette. Il aura fallu attendre Halo: Combat Evolved et son système d’assistance à la visée — devenu depuis un standard dans les FPS modernes — pour démontrer qu’on pouvait jouer confortablement à un shooter depuis un canapé. Les jeux de stratégie et de simulation intègrent aujourd’hui nativement le support manette, et cet acquis rend la promesse d’un hybride PC-console infiniment plus crédible qu’il y a vingt-cinq ans.
Project Helix, dévoilé le mois dernier, ambitionne de fondre la praticité d’une console et la polyvalence d’un PC dans un seul boîtier de salon, avec environnement bureau Windows et compatibilité native avec Steam. Le facteur qui rend ce pari de nouveau viable est d’une banalité confondante, la mémoire. « Il y a une quantité hallucinante de mémoire dans mon téléphone, dans mon PC. Même si nous n’en avons peut-être jamais autant que nous le voudrions, nous en avons bien plus que par le passé. Cela rend de nouveau possible l’idée de créer une machine qui excelle dans les deux domaines », a expliqué l’ancien vice-président de Xbox Gaming Publishing.
Xbox Game Pass s’est déjà déployé sur PC, le programme Xbox Play Anywhere a élargi son périmètre, Xbox Cloud Gaming grignote de nouveaux territoires et la console portable Xbox Ally complète l’écosystème. Project Helix s’inscrit comme l’aboutissement de cette convergence méthodiquement orchestrée par Microsoft depuis plusieurs années.
Le prix de la machine, encore inconnu, et un catalogue d’exclusivités Xbox toujours perçu comme insuffisant pourraient toutefois refroidir les acheteurs. La fluidité de navigation dans cet hybride reste aussi une inconnue, même si une interface plein écran évoluée semble déjà en préparation pour absorber la complexité de Windows au quotidien.
Project Helix est attendu pour fin 2027 ou 2028… et pourrait bien concrétiser, plus de vingt-cinq ans après la naissance de la marque Xbox, le rêve que Redmond n’avait jamais réussi à livrer. Qui aurait parié que la vision originelle de la toute première console Microsoft finirait, du moins dans l’esprit, par avoir raison avant tout le monde ?

