Seize millions d’exemplaires vendus depuis 1986, un manga shōjo qui a chamboulé la romance de science-fiction au Japon, et voilà qu’Amazon MGM Studios décide, trente-huit ans après la première planche publiée dans Hana to Yume, de lui offrir ce que personne n’osait tenter. Prime Video diffusera à l’automne 2027, dans plus de 240 pays et territoires, une série live-action de Please Save My Earth (Boku no Chikyū wo Mamotte), l’œuvre de réincarnation lunaire de Saki Hiwatari qui hante encore les bibliothèques de toute une génération de lecteurs.
Alice Hirose, révélée au grand public par 366 Days (2024) et la série Zenryoiki Ijo Kaiketsushitsu, incarnera Mokuren, cette scientifique de la base lunaire dont le secret enfoui fait trembler le destin de tous les personnages du récit. Le choix est loin d’être anodin. Hirose possède cette luminosité intérieure, cette gravité douce que le personnage exige, et elle a déjà prouvé qu’elle savait habiter des rôles où l’émotion ne se crie pas mais irradie. « Quand le tournage a commencé et que j’ai mis le pied sur le plateau, j’ai été absolument soufflée », a confié l’actrice dans le communiqué officiel d’Amazon.
Takahiro Miki prend les commandes de la réalisation, lui dont le nom est synonyme d’une narration visuelle saturée de sentiments et de temporalités entrelacées. On lui doit Even If This Love Disappears from the World Tonight (2022) et Tomorrow I Will Date with Yesterday’s You (2016), deux films où le temps n’est jamais une ligne droite et où l’amour se cogne sans cesse contre l’irréversible. Le matériau source de Hiwatari, avec ses vies antérieures sur une base d’observation lunaire, ses sept scientifiques réincarnés en lycéens tokyoïtes et ses passions qui traversent les siècles comme des éclats de verre, lui va comme un gant taillé sur mesure. « Chaque fois qu’on me demandait quel manga j’aimerais le plus adapter, ma réponse était toujours Please Save My Earth« , a déclaré Miki.
Nana Yamamoto, scénariste de Vivant et Antihero, signe l’écriture des épisodes. Moshimoss (Kosuke Anamizu) compose la musique. Le studio Kadokawa Daiei assure la production physique.
THE SEVEN, collectif de production qui a déjà remporté le Grand Prix VFX des Asian Academy Creative Awards, prend en charge les effets visuels et le développement du projet. Donner chair à une base lunaire, à l’immensité glacée de l’espace et aux séquences de mémoires réincarnées exige un arsenal technologique que peu de studios japonais peuvent déployer à cette échelle. Buddy Marini, directeur d’Amazon MGM Studios Japan, ne s’y est pas trompé en qualifiant l’entreprise d' »énorme défi » tout en affirmant sa confiance dans la puissance du matériau original.
L’intrigue suit Arisu Sakaguchi, lycéenne timide fraîchement débarquée à Tokyo, qui commence à faire des rêves d’une précision hallucinante sur une vie passée dans une station d’observation lunaire. Ses camarades de classe partagent les mêmes souvenirs. Un petit garçon de l’immeuble voisin, Rin, s’éveille à une personnalité antérieure dévorée par un amour obsessionnel pour Mokuren. Les péchés et les passions de ces existences révolues percutent le présent jusqu’à révéler une vérité qui lie Arisu et Mokuren par-delà les vies… Le manga original, sérialisé de décembre 1986 à mai 1994 en 21 volumes chez Hakusensha, avait déjà engendré une OVA de six épisodes (1993-1994), un film compilation et un music image video. Saki Hiwatari a depuis poursuivi cet univers avec deux mangas séquelles, Boku o Tsutsumu Tsuki no Hikari (2003-2014) et Boku wa Chikyū to Utau, en cours de publication depuis 2015.
Saki Hiwatari elle-même a accueilli la nouvelle avec une candeur désarmante. « Je suis sincèrement surprise que ça soit adapté en drama à notre époque. Considérez ça comme un festival ! Profitons-en ensemble ! », a-t-elle lancé. Quand la créatrice parle de festival, on peut la croire sur parole.
Prime Video inscrit cette adaptation dans une stratégie de plus en plus agressive de séries internationales premium, où le Japon occupe une place que le marché mondial du streaming lui a longtemps refusée. Le catalogue d’Amazon MGM Studios en productions japonaises scénarisées gonfle à vue d’œil, et Please Save My Earth représente le pari le plus ambitieux de cette offensive, celui d’un shōjo de science-fiction métaphysique propulsé à l’échelle planétaire.
Le live-action saura t-il restituer cette alchimie si particulière du manga ? Ce mélange de mélancolie cosmique et de violence sentimentale qui a fait pleurer des millions de lecteurs pendant quatre décennies. L’automne 2027 nous le dira, et seize millions d’exemplaires vendus pèsent lourd dans la balance des attentes.

