OpenAI a déposé mercredi une requête en rejet devant un tribunal fédéral, répliquant avec une férocité méthodique à la plainte d’Apple qui l’accusait d’avoir dérobé des secrets industriels par l’entremise de deux anciens employés de la firme de Cupertino. La requête de 31 pages, où le mot « échec » et ses déclinaisons apparaissent près de 50 fois, transforme la défense en offensive frontale, dépeignant Apple comme un géant qui tente de compenser par le droit ce qu’il perd sur le terrain de l’intelligence artificielle.
Le cœur de la contre-attaque d’OpenAI vise les pratiques de sécurité internes d’Apple, et frappe là où ça fait mal. L’entreprise dirigée par Sam Altman affirme qu’Apple encourageait ses propres salariés à utiliser leurs comptes iCloud personnels dans un cadre professionnel, mêlant ainsi allègrement données corporatives et fichiers privés sur les mêmes appareils. Pire encore, selon la requête, les accès aux systèmes confidentiels n’étaient jamais révoqués après le départ des employés, créant une faille béante dont Apple ne saurait imputer les conséquences à quiconque d’autre qu’elle-même. « Apple ne peut pas transformer les conséquences prévisibles de ses propres systèmes et politiques en preuves de vol par d’anciens employés qui n’étaient… pas conscients de leur accès latent », martèle le document.
Apple avait initialement allégué que d’anciens collaborateurs avaient emporté des informations confidentielles en rejoignant OpenAI, et que la société d’IA avait activement sollicité des secrets commerciaux lors d’entretiens de recrutement. La firme à la pomme a d’ailleurs demandé lundi au juge une injonction préliminaire pour interdire à OpenAI d’exploiter les données prétendument subtilisées pendant toute la durée de la procédure. OpenAI a riposté dans un billet de blog au titre sans équivoque, « Apple is getting this wrong », affirmant n’avoir jamais cherché à obtenir de secrets commerciaux et dénonçant une chronologie trompeuse présentée par la partie adverse.
Plus de 400 anciens employés d’Apple ont rejoint les rangs d’OpenAI, un chiffre qui donne à cette affaire judiciaire l’allure d’une guerre totale pour les cerveaux de la Silicon Valley, à l’heure où les deux mastodontes se disputent la suprématie dans le hardware dédié à l’IA. La requête en rejet ne mâche d’ailleurs pas ses mots sur ce point, qualifiant la plainte de manœuvre destinée à freiner un concurrent sur le marché des talents. « Apple ne devrait pas être autorisée à utiliser un procès infondé et prétextuel pour pallier ses lacunes sur le marché des talents, la rétention de ses employés et ses échecs à intégrer l’IA dans ses produits », peut-on lire dans la motion.
Cette bataille judiciaire, si elle survit à la requête en rejet, pourrait s’étirer sur plusieurs années et contraindre les deux entreprises à dévoiler, lors de la phase de discovery, des détails sensibles sur leurs pratiques de recrutement, leurs protocoles de sécurité des données et leurs programmes de développement matériel. Qui, d’Apple ou d’OpenAI, a le plus à perdre dans cet exercice de transparence forcée ? La réponse se trouve peut-être, du moins en partie, dans l’empressement d’OpenAI à pointer les failles de sécurité de son accusateur, retournant le miroir vers une entreprise qui a bâti sa réputation sur la protection de la vie privée de ses utilisateurs, tout en laissant apparemment ses propres secrets fuiter par négligence.

