Metal Gear Solid 4, prisonnier du processeur Cell de la PlayStation 3 depuis dix-huit ans, sort enfin de sa geôle le 27 août pour 49,99 euros. Konami livre avec cette Metal Gear Solid Master Collection Vol. 2 une compilation de trois titres, dont le plus attendu n’avait jamais quitté la console de Sony, condamné par une architecture matérielle si exotique que le portage semblait relever du fantasme collectif. La libération est désormais actée, sur PS5 et Switch 2, et elle s’accompagne de deux compagnons de cellule que le grand public avait largement oubliés.
Guns of the Patriots tourne désormais à 60 images par seconde en résolution 4K sur PS5, là où l’original peinait souvent à maintenir 30 fps, voire flirtait avec les 20 fps dans certaines séquences. Le portage reconfigure par défaut la visée et le tir sur les gâchettes L2 et R2, corrigeant l’un des péchés originels du pad PS3 dont les gâchettes molles rendaient le gunplay approximatif. Deux cinématiques souffrent encore d’une chute de résolution perceptible (dont la fameuse scène du combat mimé par Ocelot), un défaut que Konami pourrait corriger par patch. Sur Switch 2, la comparaison avec la PS5 reste flatteuse pour la console de Nintendo, même si les compromis de résolution dynamique se devinent dans les environnements les plus chargés du Moyen-Orient fictif de l’Acte 1. Pour juger sur pièces, notre comparatif vidéo Switch 2 vs PS5 vs PS3 met les trois versions face à face.
Le contenu de la collection dépasse toutefois le seul Metal Gear Solid 4. Peace Walker, sorti sur PSP en 2010 puis réédité dans la HD Collection PS3, retrouve ici une seconde jeunesse avec ses missions en bouchées calibrées pour le jeu nomade, son système Fulton (ces fameux ballons qui expédient les soldats ennemis vers la Mother Base) et sa coopération en ligne jusqu’à quatre joueurs. Le titre avait posé les fondations que Metal Gear Solid V reprendrait intégralement, de la gestion de base au découpage en opérations. Sur grand écran, ses faiblesses ressortent davantage, notamment une intelligence artificielle ennemie trop permissive et des combats de boss aux barres de vie gonflées pour le multijoueur, qui deviennent fastidieux en solo. Le troisième invité, Metal Gear : Ghost Babel, n’avait tout simplement jamais été réédité depuis sa sortie sur Game Boy Color en 2000. Ce titre non canonique, sorte de suite alternative à Metal Gear 2 Solid Snake, propose une relecture top-down des mécaniques de la série avec des filtres visuels reproduisant fidèlement le rendu de l’écran du Game Boy Color d’origine.
La pertinence thématique de cette compilation frappe peut-être plus fort que ses améliorations techniques. Les trois jeux dissèquent l’économie de guerre sous des angles complémentaires. MGS 4 décrivait dès 2008 un monde où des sociétés militaires privées, supervisées par une intelligence artificielle, transforment chaque conflit en actif financier. Peace Walker explorait la construction d’une armée privée comme projet entrepreneurial. En 2026, alors que les marchés prédictifs prospèrent et que l’utilisation de données vidéoludiques pour entraîner des systèmes d’IA militaire alimente les polémiques, ces fictions résonnent avec une acuité que Kojima lui-même n’avait sans doute pas anticipée.
La présentation de la collection reste, en revanche, étrangement fragmentée. Konami persiste à découper l’ensemble en lanceurs séparés, un pour MGS 4, un pour Peace Walker, un pour les bonus (où se niche Ghost Babel). La base de données encyclopédique de MGS 4 se trouve dans l’application du jeu plutôt que dans les bonus, tandis que les bandes-son numériques des deux titres principaux sont reléguées dans l’application bonus. Cette dispersion, déjà reprochée au Volume 1, trahit un manque de soin éditorial qui jure avec la qualité des portages eux-mêmes.
Reste la question que tout amateur de la saga rumine… Konami a-t-elle encore des cartouches ? Un hypothétique Volume 3 ne pourrait guère rassembler que Metal Gear Solid V (déjà disponible sur les plateformes actuelles), l’oubliable Metal Survive et le très demandé Metal Gear Rising Revengeance, dont les droits impliquent PlatinumGames. L’éditeur japonais a prouvé le portage de MGS 4 qu’aucun verrou technique n’est définitif. Avec Metal Gear Solid Delta Snake Eater qui a déjà relancé la machine commerciale de la franchise, la saga dispose enfin d’une vitrine quasi complète sur consoles modernes. Il ne manque plus qu’un Revengeance remasterisé pour que la collection devienne ce qu’elle promet d’être depuis le début, l’intégrale d’une œuvre qui, vingt-cinq ans après son premier opus Solid, continue de décrire le monde avec une longueur d’avance embarrassante sur la plupart des fictions contemporaines.

