Take-Two Interactive a déposé le 20 août des demandes de subpoenas devant la cour fédérale du district sud de New York pour contraindre Microsoft et Discord à livrer l’identité des responsables des fuites massives de gameplay de GTA 6, survenues tout au long de la semaine. Les documents judiciaires, que plusieurs médias américains ont pu consulter, visent un groupe opérant sous le pseudonyme « CyberLeek », qui prétend détenir une build jouable du jeu et diffuse depuis mercredi des séquences vidéo, des artworks et des dialogues tirés du titre le plus attendu de la décennie.
Le subpoena adressé à Microsoft cible un repository GitHub (plateforme appartenant au géant de Redmond) où le contenu a été hébergé, et réclame également les données liées à d’éventuels comptes OneDrive ou Xbox associés à la persona « CyberLeek ». Microsoft dispose d’un délai courant jusqu’au 4 septembre pour produire l’ensemble des enregistrements internes relatifs à cette enquête. Scott Van Vliet, directeur technique de la division Xbox, a aussitôt réagi en affirmant que ses équipes « travaillent en étroite collaboration avec Take-Two et Rockstar Games pour soutenir les efforts de protection des œuvres créatives et de la propriété intellectuelle ». La réponse de Discord s’est voulue plus procédurale, un porte-parole indiquant que la plateforme « examine et satisfait les subpoenas valides, comme c’est standard et routinier ».
La seconde assignation ratisse bien plus large côté Discord, puisqu’elle vise les serveurs « CYBERLEEK », « CINEMATICROCKSTAR », « Surfer24k » et « Odyssey.gg », mais aussi, de manière inattendue, les serveurs d’éditeurs du streamer australien DarkViperAU (Matthew Judge). Ce dernier, visiblement abasourdi, a publié sur X une réponse qui oscillait entre l’incrédulité et l’agacement. « Ils demandent mes infos Discord, je suis cité par mon nom. Je ne sais rien. Ce n’est pas mon serveur d’éditeurs. Il n’y a même pas de clips des fuites dans mes Discords. Je suis confus », a-t-il écrit, se retrouvant malgré lui aspiré dans le tourbillon judiciaire.
Pendant que Take-Two activait ses avocats, les rumeurs d’une arrestation du ou des responsables ont largement circulé sur les réseaux sociaux… avant d’être démenties par les faits. Le groupe CyberLeek est en effet réapparu jeudi soir avec de nouvelles publications, confirmant qu’il restait bien opérationnel et hors de portée des autorités, du moins pour l’instant. Chaque clip posté est rapidement frappé de demandes de retrait pour violation du droit d’auteur, et plusieurs comptes affiliés au groupe ont déjà disparu, mais le flux de contenus ne semble pas tari.
Les motivations de CyberLeek méritent qu’on s’y attarde, tant elles brouillent la frontière entre militantisme et opportunisme. Le groupe invoque des « pratiques anti-consommateurs » de Rockstar, notamment l’absence de version physique au lancement, pour justifier ses actes. Chaque publication s’accompagne pourtant d’invitations à effectuer des dons en cryptomonnaie, et le groupe pousse parallèlement un meme coin, ce qui alimente fortement les soupçons d’une motivation avant tout financière. L’initiative Stop Killing Games, pourtant habituellement critique envers les éditeurs, a elle-même qualifié ces fuites de « destructrices ».
Rockstar, fidèle à son mutisme légendaire, n’a toujours pas confirmé publiquement l’authenticité des images qui circulent, laissant à sa maison mère le soin de mener la riposte juridique. Obbe Vermeij, ancien directeur technique du studio (de GTA III à San Andreas), estime que la firme « garde remarquablement bien le secret » et que ces fuites « n’auront aucun impact » sur le long terme. Wesley Yin-Poole, rédacteur chez IGN, juge de son côté l’épisode « dévastateur » pour les équipes de développement, tout en pariant que le public réservera son jugement final au produit achevé.
Le calendrier rend cette séquence particulièrement douloureuse pour Take-Two, alors que Netflix doit diffuser le 27 août un « extended look » exclusif de trente minutes, premier aperçu substantiel du jeu depuis plus de dix-huit mois et le second trailer de mai 2025. GTA 6, dont la sortie est fixée au 19 novembre sur PS5 et Xbox Series S/X (la version PC viendra plus tard), affiche selon Strauss Zelnick, PDG de Take-Two, des précommandes au démarrage « exceptionnel », sans qu’aucun chiffre n’ait été communiqué.
La question qui flotte désormais au-dessus de cette affaire est celle du temps. Microsoft a jusqu’au 4 septembre pour répondre, et l’identité réelle de CyberLeek pourrait émerger avant même que les joueurs ne découvrent officiellement ce que Rockstar leur réservait pour le 27 août, transformant la plus grande opération marketing du jeu vidéo en course contre un fantôme numérique qui, visiblement, n’a pas fini de narguer ses poursuivants.

