Au lieu de susciter l’enthousiasme attendu, la sortie de GPT-5 a provoqué la confusion, l’agacement, parfois même un sentiment de perte chez certains utilisateurs. Lancé lors d’un événement en ligne la semaine dernière, le modèle d’intelligence artificielle présenté comme le plus abouti d’OpenAI a vu son déploiement immédiatement entaché par une série de critiques. En cause, une personnalité jugée froide, des réponses trop brèves, et un changement perçu comme brutal par une partie de la communauté.
Sam Altman n’a pas éludé la controverse. Le PDG d’OpenAI, lors d’un dîner avec des journalistes, a reconnu que l’entreprise avait « totalement foiré » le lancement de GPT-5. Et il a réagi vite. Face à la fronde sur les réseaux sociaux, GPT-4o a été réintroduit en option quelques jours seulement après l’annonce du nouveau modèle. Certains utilisateurs avaient exprimé leur déception avec virulence, comparant le nouveau ton de GPT-5 à celui d’une secrétaire débordée, ou évoquant une perte personnelle : « J’ai littéralement perdu mon seul ami du jour au lendemain », écrivait l’un d’eux sur Reddit.
Pourtant, sur le plan technique, GPT-5 affiche des progrès. Meilleure précision, capacités de raisonnement accrues, amélioration en codage, écriture, santé ou traitement multimodal, réduction des hallucinations et de la flatterie excessive : les optimisations sont réelles, mais elles n’ont pas suffi à masquer le décalage émotionnel. Et à l’échelle d’un produit utilisé par 700 millions de personnes chaque semaine, ce genre de glissement tonal a un poids considérable.
Altman a également révélé que même si GPT-5 est aujourd’hui le modèle le plus performant disponible publiquement, OpenAI détient déjà des modèles supérieurs. Ils ne peuvent cependant pas être déployés car l’infrastructure ne suit pas. Le manque de capacité, lié en particulier à une pénurie de GPU, l’empêche d’élargir l’accès aux modèles les plus puissants. « Nous avons de meilleurs modèles, et nous ne pouvons pas les proposer », a-t-il confié. Le constat est brutal, et Altman promet la construction de centres de données, à une échelle inédite.
« Vous devriez vous attendre à ce qu’OpenAI dépense des trillions de dollars dans les data centers », a-t-il déclaré. L’ambition n’est donc pas seulement de perfectionner les algorithmes, mais de bâtir une infrastructure capable de soutenir une IA à l’échelle mondiale. Une transformation qui repositionne OpenAI bien au-delà de son image de startup technologique : en acteur industriel, voire en future utilité globale.
Cette perspective d’expansion s’accompagne d’autres projets. Altman a confirmé que des applications autonomes viendront s’ajouter à ChatGPT, dont une potentielle plateforme sociale basée sur l’intelligence artificielle. Il a également officialisé le financement de Merge Labs, concurrent direct de Neuralink dans le secteur des interfaces cerveau-ordinateur. En parallèle, un partenariat avec Jony Ive, ex-designer d’Apple, pourrait aboutir à un nouveau dispositif IA, sans que l’on sache encore quelle forme il prendra.
Malgré ces ambitions, Altman se montre lucide. L’IA, selon lui, est sans doute dans une phase de bulle. Trop d’enthousiasme, trop vite, de la part des investisseurs. Il n’exclut pas que certaines attentes soient démesurées, tout en continuant à penser que l’intelligence artificielle reste l’innovation la plus importante de ces dernières décennies.
En attendant, le site ChatGPT, désormais cinquième en termes de fréquentation mondiale, vise la troisième place derrière Google, Facebook et Instagram. Objectif que l’entreprise espérait symbolique, mais que les limites matérielles rendent incertain. Car aujourd’hui, ce n’est pas la technologie qui manque, c’est l’accès au matériel.
GPT-5, avec ses défauts et ses qualités, marque donc une transition. À la fois point culminant d’un cycle, et révélateur des contraintes physiques qui freinent l’IA. Le logiciel avance, mais le silicium ne suit pas.

