La Federal Communications Commission a publié le 21 juillet un avis public invitant citoyens, entreprises et institutions à se prononcer sur un projet d’interdiction d’importation et de vente de certains drones étrangers figurant sur sa Covered List, et sollicite des commentaires jusqu’au 2 septembre 2026. Le fabricant chinois DJI, qui domine le marché américain du drone civil, est directement visé. L’opération ne se limite plus à bloquer les futurs produits du constructeur de Shenzhen, elle cherche désormais à refermer la porte sur des modèles déjà autorisés et déjà en circulation.
DJI avait été inscrit sur la Covered List de la FCC en décembre 2025, après qu’un audit de sécurité mandaté par le Congrès n’a tout bonnement pas été réalisé dans les délais impartis. Aucune vulnérabilité technique spécifique n’avait alors été identifiée. Cette inscription avait suffi à empêcher l’autorisation de nouveaux produits (l’Osmo Pocket 4 et sa variante 4P restent à ce jour indisponibles aux États-Unis), tout en laissant les appareils déjà certifiés librement importables et commercialisables. La FCC entend aujourd’hui combler cette brèche réglementaire au nom de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement.
Le périmètre de la proposition mérite qu’on s’y arrête, tant il déborde la catégorie des engins « military-grade » affichée dans l’intitulé officiel. La définition retenue par la FCC englobe les drones équipés d’imagerie thermique, de capteurs LiDAR, de capacités de dispersion d’aérosols, les appareils de plus de 55 livres (soit environ 25 kilogrammes), les stations d’accueil autonomes et les systèmes d’essaim. Or le LiDAR sert à l’évitement d’obstacles sur la plupart des plateformes grand public récentes, la thermique est l’outil quotidien des équipes de recherche et sauvetage, et la pulvérisation d’aérosols décrit… l’épandage agricole. Christina Zhang, porte-parole de DJI, a résumé la situation avec une formule acérée « Les agriculteurs américains seraient paralysés », en soulignant que la terminologie d’« economic poison » employée par la FCC pour désigner pesticides et engrais recouvre en réalité l’ensemble des drones agricoles capables de pulvériser ou de semer.
Le DJI FlyCart, les plateformes enterprise, les drones de pulvérisation et les dock stations figurent parmi les produits potentiellement frappés par cette mesure. Si elle est adoptée, les détaillants américains ne pourraient plus importer ni vendre ces appareils, et l’approvisionnement en pièces détachées deviendrait extrêmement difficile à maintenir. Les propriétaires actuels conserveraient en principe le droit d’utiliser leurs drones, mais se retrouveraient progressivement orphelins d’un écosystème de maintenance et de renouvellement.
Quelques exemptions tempèrent le dispositif. Les produits inscrits sur la Blue UAS Cleared List du Pentagone, les équipements domestiques conformes au Buy American Act, les approbations conditionnelles délivrées par le Department of Defense ou le Department of Homeland Security, ainsi que les usages fédéraux et les tests commerciaux échappent au champ de l’interdiction envisagée. La FCC a par ailleurs déjà accordé des dérogations à certains fabricants non chinois, dessinant les contours d’un marché où les alternatives occidentales seraient mécaniquement favorisées.
Pour les pilotes professionnels, les forces de l’ordre et les exploitants agricoles qui ont massivement adopté les plateformes DJI ces dix dernières années, la perspective d’une coupure rétroactive de l’accès commercial représente un bouleversement opérationnel concret. Remplacer un parc de drones thermiques ou LiDAR par des équivalents non chinois suppose des coûts de transition élevés, des délais d’homologation et, du moins pour l’heure, un choix d’alternatives sensiblement plus restreint.
DJI insiste sur le caractère strictement civil de ses produits et conteste la pertinence d’une classification militaire appliquée à des outils de cartographie, de surveillance agricole ou de logistique aérienne. La FCC, elle, avance sur le terrain de la sécurité nationale sans avoir encore produit de preuve publique d’une faille exploitable. Le dossier repose donc sur une logique de précaution géopolitique plutôt que sur un constat technique documenté, et c’est précisément ce qui rend la consultation publique ouverte jusqu’au 2 septembre si déterminante pour l’avenir du drone civil américain.

