Une coque hérissée de LED, un téléphone, quelques secondes de balayage lumineux dans une chambre d’hôtel, et l’œil caché apparaît. SweepLED, conçu par des chercheurs du KAIST en Corée du Sud, promet de repérer les caméras dissimulées avec 94 % de précision pour un coût de fabrication inférieur à 7 dollars, et sera présenté lors de la conférence ACM MobiSys 2026.
Le dispositif repose sur un principe optique qui fait que tout objectif, aussi minuscule soit-il (une tête d’épingle derrière un miroir, un trou dans un détecteur de fumée), déforme la lumière qui le traverse selon un schéma reconnaissable. La coque projette des faisceaux LED sous plusieurs angles successifs, le capteur du smartphone enregistre les réflexions, et un modèle d’intelligence artificielle embarqué isole la signature optique propre à une lentille. Pas besoin de Wi-Fi, pas besoin de scanner les fréquences radio. La lumière suffit…
59 % des caméras espionnes échappent encore aux détecteurs grand public vendus en ligne, selon une étude menée par l’University College London. Ce chiffre donne la mesure de l’angoisse diffuse qui accompagne désormais chaque réservation Airbnb ou chaque nuit d’hôtel dans une ville inconnue, où la crainte d’être filmé rejoint celle d’être enregistré par des écouteurs qui transcrivent les conversations. Les forums de voyageurs regorgent de témoignages, de conseils bricolés, et de recommandations. On éteint la lumière, on cherche un point rouge, on passe la main devant les prises électriques. Et l’on rate, le plus souvent, ce que l’on cherchait.
D’autres approches ont bien tenté de résoudre ce problème, notamment CamRadar, qui filtre les émanations électromagnétiques des caméras parmi le bruit ambiant, ou CSI:DeSpy, qui exploite les fluctuations de débit Wi-Fi et les variations d’état du canal radio provoquées par le mouvement humain. Ces systèmes nécessitent toutefois un équipement spécialisé ou dépendent du type de transmission utilisé par la caméra. SweepLED contourne ces limites en s’attaquant à la physique même de l’objectif, qu’il soit connecté ou non, filaire ou autonome.
La fabrication de la coque (un circuit imprimé flexible portant une matrice de LED adressables individuellement) reste accessible à quiconque possède une imprimante 3D et des composants courants, ce qui ouvre la perspective d’une production à grande échelle pour quelques dollars l’unité. L’application associée, elle, tourne sur un smartphone standard sans recourir au cloud. Qui pourrait encore prétendre que la protection de l’intimité exige un budget conséquent ?
94 % de détection, certes, et non pas 100 %. Les 6 % restants concernent les objectifs enfouis derrière des surfaces opaques épaisses ou orientés dans un angle mort du balayage, une marge que les chercheurs du KAIST comptent réduire en augmentant la densité des LED et en affinant le réseau de neurones. La technologie n’efface pas la vulnérabilité, elle la rend supportable.
Chaque chambre fermée à clef contient désormais une question que personne ne posait il y a dix ans, et SweepLED y répond avec une coque en plastique, de la lumière, et l’obstination froide d’un algorithme.

