Quelqu’un d’autre utilisait votre compte Claude pendant que vous dormiez, consommait votre quota, épuisait vos crédits, et ni votre mot de passe ni votre double authentification n’y pouvaient rien. Anthropic a confirmé fin août 2026 que des logiciels malveillants de type infostealer dérobent les sessions de connexion actives de son assistant IA, permettant à des attaquants de se glisser dans les comptes sans jamais franchir la moindre porte.
Le mécanisme repose sur le vol d’un cookie de session, cette petite preuve numérique que le navigateur conserve pour attester qu’un utilisateur s’est déjà authentifié. L’infostealer copie ce cookie. L’attaquant le rejoue depuis sa propre machine. Le mot de passe ne sert plus, la 2FA ne sert plus, le SSO ne sert plus… La connexion est déjà faite, il suffit plus que de l’emprunter. Anthropic a identifié sur Windows les souches Vidar, LummaC2, StealC, RedLine et Acreed, tandis qu’Atomic Stealer (AMOS) a touché un nombre restreint de Mac.
« Nous n’avons aucune raison de croire que ce malware est lié à Claude, installé via Claude, ou lié à quoi que ce soit que vous avez fait avec Claude », précise la société dans un courriel adressé aux utilisateurs affectés. Téléphones et tablettes ne semblent pas concernés à ce stade de l’enquête.
Deux chaînes d’attaque ont été mises au jour, ce qui aggrave la portée de l’incident. La première exploite les infostealers classiques déjà décrits. La seconde, pistée par la société de cybersécurité Huntress sous le nom FakeAgent, a frappé les 21 et 22 juillet 2026 avec une ingéniosité redoutable. Des utilisateurs cherchant l’application de bureau Claude sur Bing ont cliqué sur des publicités sponsorisées menant à un artefact hébergé sur le domaine légitime claude.ai, qui déployait SectopRAT, un cheval de Troie .NET capable de récolter identifiants, données bancaires, cookies et fichiers. Huntress a comptabilisé environ 7 100 téléchargements et au moins 29 organisations compromises en quarante-huit heures avant le retrait par Anthropic.
Anthropic a en réponse révoqué les sessions compromises, supprimé les moyens de paiement enregistrés et remboursé les charges jugées frauduleuses. Les abonnements en cours restent actifs jusqu’à la fin de la période de facturation, après quoi chaque utilisateur devra réenregistrer sa carte. La société insiste sur un point que ses victimes doivent graver quelque part dans leur mémoire. « Vous déconnecter de Claude arrête les sessions volées, mais cela ne supprime pas le malware », rappelle-t-elle. La prochaine connexion pourra être volée exactement de la même façon.
Une nouvelle technique de persistance, baptisée fichiers SKILL.md empoisonnés, émerge par ailleurs dans l’écosystème de ces attaques, signe que les acteurs malveillants affinent leurs outils à mesure que les assistants IA gagnent en valeur marchande. Qui volerait un compte de chatbot il y a trois ans ? Personne. Aujourd’hui, un abonnement Claude Pro ou Team représente du temps de calcul monnayable, un quota que l’on revend ou que l’on consume pour générer du contenu à grande échelle.
La leçon vaut pour chaque service en ligne, pas uniquement pour Claude. Un cookie de session est une clé. Si votre machine est infectée, toutes vos clés le sont aussi, et aucun second facteur ne protège ce qui a déjà été ouvert.

