La page du Microsoft Store européen affiche désormais des tarifs que personne, dans l’industrie du jeu vidéo, n’avait anticipés à ce niveau pour une console de salon. La Xbox Series S 512 Go, modèle d’entrée de gamme, passe de 349,99 € à 499,99 €, soit une envolée de 43 % qui propulse le ticket d’accès à l’écosystème Xbox aux alentours de 575 dollars pour un consommateur européen. Au Royaume-Uni, la même console grimpe de 299,99 £ à 429,99 £, et le haut de gamme, la Series X avec lecteur de disque, atteint 669,99 £ contre 499,99 £ auparavant. Deux cents euros de plus sur certains modèles… une amplitude sans précédent dans l’histoire récente des consoles.
Microsoft avait déjà revu ses tarifs américains en juin, ajoutant entre 100 et 150 dollars selon les configurations, tout en laissant planer l’incertitude sur le reste du monde. Les grilles européennes et britanniques, rendues publiques avec la mise à jour de la boutique en ligne, confirment que la facture est encore plus salée de ce côté de l’Atlantique. La Series X Digital (1 To, sans lecteur) bondit de 549,99 € à 749,99 €, tandis que la Series S 1 To s’affiche à 599,99 € contre 399,99 € précédemment. Il s’agit, au total, de la troisième vague de hausses depuis mai 2025, le modèle le plus onéreux coûtant aujourd’hui 300 dollars de plus que son prix de lancement de 499,99 dollars en novembre 2020. Le modèle 2 To a été purement retiré du catalogue, victime collatérale de la crise du stockage.
La RAM et la mémoire flash, composants longtemps considérés comme les denrées bon marché de l’électronique grand public, ont vu leurs cours flamber sous l’effet conjugué de la demande insatiable des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle et de tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement. Microsoft a reconnu dans un billet de blog publié en juin avoir « espéré qu’une nouvelle hausse ne serait pas nécessaire », tout en prévenant que les prix du stockage et de la mémoire pourraient encore doubler. Sony et Nintendo ont eux aussi relevé récemment les tarifs de leurs machines respectives, et Valve a lancé sa Steam Machine hybride à un prix bien supérieur aux attentes, mais aucune de ces augmentations n’a atteint la magnitude de celle imposée par Microsoft.
L’onde de choc dépasse la question tarifaire et interroge la viabilité même du modèle économique de la console à prix fixe. Jez Corden, journaliste chez Windows Central, a résumé le sentiment ambiant sur X avec une formule lapidaire, « This ain’t even the ceiling », suggérant que le plafond n’est pas encore atteint. Le responsable gaming d’Amazon a confié à la BBC que la spirale des coûts matériels pourrait accélérer la migration des joueurs vers le streaming, rendant les boîtiers physiques progressivement obsolètes. Microsoft semble d’ailleurs préparer ce terrain depuis des mois, en tout cas la restructuration annoncée en juillet, qualifiée par ses propres dirigeants de « plus importante de l’histoire de Xbox », avec environ 3 200 suppressions de postes, dessine les contours d’une division qui mise davantage sur les services que sur le silicium.
Reste à savoir combien de joueurs européens accepteront de débourser 800 € pour une console de salon quand un PC de milieu de gamme, certes lui aussi touché par la hausse des cartes graphiques, offre un spectre d’usages incomparablement plus large. L’ère où l’on pouvait s’offrir une machine de dernière génération pour 500 dollars appartient peut-être déjà au passé, et la prochaine génération de consoles n’a encore rien promis pour inverser la tendance.

