Block a supprimé 4 000 postes soit 40 % de ses effectifs en invoquant l’« intelligence outillée » que Jack Dorsey érige en nouveau modèle d’efficacité. L’entreprise conserve à peine 6 000 salariés après avoir doublé sa taille pendant la pandémie. Le cofondateur de Twitter affirme que « la majorité des sociétés feront de même » et que son groupe agit « tant que le business est fort ». Les investisseurs ont aussitôt validé la purge puisque le titre a bondi de 24 %.
Amazon a, trois mois après une première vague, annoncé 16 000 suppressions de postes soit environ 9 % de son personnel de bureau. Beth Galetti, vice‑présidente du groupe, a expliqué que la firme voulait « réduire les couches » et « accélérer la prise de décision ». Andy Jassy, directeur général, a répété que l’entreprise devait fonctionner « comme la plus grande start‑up du monde ». Le géant de Seattle emploie encore 350 000 cadres et reste le deuxième employeur privé des États‑Unis derrière Walmart.
Les licenciements s’inscrivent dans une logique de réorganisation que la course à l’IA a rendue urgente. Les dirigeants affirment que des équipes plus petites peuvent produire davantage grâce à l’automatisation. Dorsey a promis vingt semaines d’indemnités, six mois de couverture santé et 5 000 dollars supplémentaires pour chaque salarié concerné. Amazon a prévu 90 jours de mobilité interne avant tout départ. Ces gestes, bien que coûteux, visent à préserver l’image d’entreprises responsables alors que la productivité devient l’argument‑clé.
Les précédents historiques rappellent que chaque rupture technologique a provoqué des coupes similaires. IBM avait supprimé 50 000 emplois en 1993 lors du passage aux ordinateurs personnels. Microsoft avait réduit ses effectifs de 18 000 personnes en 2014 pour se recentrer sur le cloud. Les cycles se répètent et les justifications changent de vocabulaire. L’IA sert aujourd’hui de bannière commode pour rationaliser des structures gonflées par les années de croissance pandémique.
Il y a, derrière les discours d’innovation, une stratégie financière bien rodée. Les marchés récompensent les plans de licenciement que les dirigeants présentent comme des ajustements nécessaires. Les analystes de Rutgers estiment que les groupes déplacent leurs ressources vers la donnée et l’automatisation plutôt que vers la logistique ou le commerce traditionnel. Amazon a d’ailleurs fermé ses enseignes Fresh et Go pour concentrer ses moyens sur Whole Foods et sur le cloud.
Les chiffres confirment que la santé économique n’est pas en cause. Amazon a généré 180,2 milliards de dollars de ventes nettes au troisième trimestre 2023 et affiche une valorisation de 2,5 billions. Block a vu son bénéfice brut progresser malgré la réduction d’effectifs. Ces décisions relèvent donc moins d’une urgence que d’un repositionnement anticipé.
Il est probable que la vague actuelle ne soit qu’un prélude à une recomposition durable du travail technologique où l’humain devient variable d’ajustement algorithmique.

