Vous êtes traducteur, écrivain, professeur ou même médecin ? Alors vous feriez bien de lire ce qui suit. Une étude menée par Microsoft vient de dresser une liste précise des métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle. Et les résultats sont loin d’être rassurants.
À partir de 200 000 conversations réelles entre utilisateurs et l’assistant IA Copilot, les chercheurs ont établi un « score d’applicabilité IA » pour chaque profession. En clair, ils ont mesuré dans quelle mesure une tâche professionnelle pouvait être réalisée par une IA générative, en calculant notamment un « Copilot Score » (allant de 0 à 1, où 1 indique une automatisation quasi totale) et un score de couverture (proportion de tâches analysables). Le constat est brutal : des dizaines de millions d’emplois sont concernés aux USA, et en France plusieurs millions. Et le raz de marée ne fait que commencer.
Les professions intellectuelles et artistiques sont en première ligne. Interprètes, historiens, auteurs, journalistes, professeurs… tous figurent parmi les quarante métiers les plus menacés, selon le classement détaillé de l’étude. Par exemple, les interprètes et traducteurs arrivent en tête avec un Copilot Score de 0,98 (sur 1), un score de couverture de 0,98 et un emploi total de 31 560 postes aux États-Unis – des tâches comme la traduction en temps réel ou la reformulation linguistique étant déjà maîtrisées par des outils comme Copilot. Juste derrière, les historiens affichent un Copilot Score de 0,96 (couverture 0,91, emploi 3 060), suivis des auteurs et écrivains (Copilot Score 0,96, couverture 0,94, emploi 45 210). Les journalistes et correspondants politiques ne sont pas en reste, avec un score de 0,97 (couverture 0,97, emploi 41 020). Pourquoi eux ? Parce que leurs tâches, comme la rédaction, la recherche d’information ou la communication, correspondent précisément aux points forts des intelligences artificielles actuelles. Même les professeurs d’université postsecondaire en histoire (Copilot Score 0,96, couverture 0,90, emploi 82 700) ou en business (Copilot Score 0,92, couverture 0,70, emploi 82 360) sont hautement vulnérables, avec des millions d’emplois potentiellement impactés.
Même les médecins ne sont pas épargnés. Des études récentes montrent que l’IA peut poser un meilleur diagnostic que certains professionnels humains – 90 % de précision contre 70 % pour un médecin (BFMTV). Mieux encore, elle a déjà permis de détecter des cancers jusque-là introuvables (Le Parisien). La médecine semblait pourtant protégée par sa complexité humaine… mais non. L’étude de Microsoft confirme cela en classant les médecins et chirurgiens parmi les professions à risque, bien que légèrement en retrait par rapport aux intellectuels purs (par exemple, les analystes de données en santé pourraient voir leurs tâches automatisées avec un Copilot Score élevé, comme les data scientists à 0,96, couverture 0,77, emploi 192 710).
Côté enseignement aussi, la menace s’installe. L’étude pointe du doigt plusieurs fonctions éducatives comme étant hautement automatisables, y compris à l’université. Les enseignants pensaient leur métier à l’abri grâce au lien humain avec leurs élèves… mais ce lien pourrait bien être reconfiguré par des algorithmes capables d’adapter leur discours en temps réel. Parmi les exemples concrets, les professeurs postsecondaires en sciences politiques (Copilot Score 0,97, couverture 0,70, emploi 15 260) ou en économie (Copilot Score 0,90, couverture 0,68, emploi 12 210) figurent dans le top 40, avec des scores indiquant que plus de 90 % de leurs tâches de recherche et d’enseignement pourraient être gérées par l’IA.

Les vendeurs et représentants commerciaux, soit plusieurs millions d’emplois rien qu’aux États-Unis, figurent également parmi les professions à haut risque. Là encore, la capacité de l’IA à expliquer clairement un produit ou répondre à des objections clients fait pencher la balance. L’étude le quantifie : les représentants en services financiers (Copilot Score 0,90, couverture 0,66, emploi 373 150) ou les publicitaires et promoteurs (Copilot Score 0,87, couverture 0,64, emploi 50 760) sont particulièrement exposés, avec des emplois cumulés dépassant les 400 000.
En revanche, certaines professions semblent encore relativement protégées… pour le moment du moins. Les métiers manuels sont épargnés, quoique les robots vont bientôt faire leur arrivée ; c’est déjà le cas en Chine où certaines chaînes industrielles tournent sans intervention humaine depuis longtemps. Des postes comme opérateur d’écluse ou ouvrier du rail apparaissent aujourd’hui hors de portée des IA génératives, principalement parce qu’ils nécessitent une présence physique et une interaction directe avec le matériel ou l’environnement réel. L’étude ne les liste pas dans le top 40, confirmant que les scores d’applicabilité chutent pour les tâches non linguistiques (par exemple, les ouvriers en construction ou en maintenance ont des scores bien inférieurs à 0,70).
Mais là aussi il faut nuancer. Si ces emplois échappent aujourd’hui aux modèles linguistiques comme ChatGPT ou Copilot, rien ne dit que cela durera face aux progrès rapides dans la robotique et l’automatisation industrielle. D’autres métiers du top 40, comme les programmeurs CNC (Copilot Score 0,97, couverture 0,70, emploi 119 270) ou les analystes de gestion (Copilot Score 0,90, couverture 0,68, emploi 888 100), montrent que même des rôles techniques sont menacés lorsque l’IA s’intègre à la robotique.
Le diplôme universitaire n’est plus un bouclier non plus. Au contraire même ! L’étude montre que plus une profession exige un niveau élevé d’études… plus elle est vulnérable face à l’automatisation par IA. Les métiers du top 40, comme les mathématiciens (Copilot Score 0,94, couverture 0,81, emploi 2 220) ou les chercheurs en sciences sociales (Copilot Score 0,96, couverture 0,71, emploi 48 370), illustrent cela : ils cumulent des scores élevés et des exigences académiques fortes, avec un total d’emplois impactés dépassant les 2 millions aux États-Unis.
Alors que faire face à ce bouleversement annoncé ?
Pour le moment, aucune protection fédérale n’existe aux États-Unis pour encadrer ces mutations massives du marché du travail causées par l’intelligence artificielle. Quelques initiatives législatives émergent timidement (comme le No Robot Bosses Act), mais elles restent marginales face à la vitesse du changement technologique encouragé par des lois comme le CHIPS Act qui financent massivement la recherche en IA.
En attendant mieux, chacun tente tant bien que mal de s’adapter, ou plutôt de survivre dans ce nouveau jeu où celui qui maîtrise l’IA a toutes les cartes en main… jusqu’à ce qu’il soit lui-même remplacé ? Car oui, même ceux qui utilisent déjà ces outils pourraient se retrouver dépassés demain par une version encore plus performante… sans poste derrière lequel se cacher.

