Google débourse des millions de dollars pour verrouiller ses vidéastes les plus suivis et ferme la porte aux plateformes concurrentes. Le géant américain négocie actuellement des contrats financiers d’envergure avec ses stars du web, leur offrant des financements de programmes ou une part réservée sur les grands contrats publicitaires. Une condition règle cette manne financière, l’exclusivité temporaire. Si un créateur choisit d’envoyer simultanément ses séries sur le catalogue de Netflix, l’argent s’évapore et le partenariat casse. Les dirigeants de la filiale d’Alphabet entendent lourdement peser dans ce bras de fer pour stopper l’exode de leurs figures de proue vers Los Gatos.
Ted Sarandos, co-président exécutif de Netflix, a qualifié la filiale de Google d’adversaire frontal, déclenchant une riposte chiffrée lors du festival Series Mania. Justine Ryst, directrice générale de YouTube pour la France et l’Europe du Sud, a vivement recadré le débat en rappelant les montants distribués : « YouTube a versé plus de 100 milliards de dollars aux créateurs, artistes et entreprises de médias entre 2021 et 2025 ». Cette somme engloutit les 79,5 milliards de dollars d’investissements en contenus cash injectés par le géant de la souscription sur la même période. L’entreprise américaine ne commande plus de fictions à la manière des chaînes historiques après l’échec de son offre payante YouTube Red, préférant reverser plus de la moitié de ses recettes publicitaires aux ayants droit.
Nielsen attribue à la plateforme vidéo une durée de visionnage désormais supérieure à celle de tous les réseaux de télévision et services de streaming confondus dans les salons connectés. Ses 2,7 milliards d’utilisateurs actifs mensuels captivent les annonceurs, alors même que les figures emblématiques de la plateforme (à l’image de MrBeast qui jongle entre ses vidéos en ligne et sa production pour Prime Video) cèdent aux sirènes d’Hollywood. Pourquoi abandonner l’indépendance du web quand les studios traditionnels viennent vous supplier sur votre propre terrain ? La riposte financière de Google vise à briser cette tentation de double jeu avant que le public télévisuel ne bascule définitivement… du moins chez la concurrence payante.
La filiale d’Alphabet modifie l’interface de son application TV pour structurer ses programmes en saisons et épisodes distincts tout en poussant ses 200 milliards de vues quotidiennes accumulées sur Shorts. La plateforme apporte même jusqu’à 7% de nouveaux abonnés aux diffuseurs payants partenaires qui y diffusent leurs premiers épisodes et déploie des outils basés sur l’intelligence artificielle Gemini pour associer les marques aux moments populaires. La guerre ne se joue plus sur les tapis rouges californiens mais dans le creux du canapé où la vidéo à la demande dispute chaque seconde d’attention à l’écran interactif.

