Mozilla a publié ce week-end, presque en catimini, une page de support documentant une fonctionnalité expérimentale qui pourrait irriter plus d’un réseau publicitaire. Firefox pour iOS embarque désormais un bloqueur de contenus intégré, capable de filtrer publicités, traqueurs, pop-ups et surcouches vidéo directement au niveau réseau, sans qu’il soit nécessaire d’installer la moindre extension tierce.
Le mécanisme repose sur les listes de filtrage EasyList, référence bien connue des utilisateurs d’uBlock Origin, et intercepte les contenus indésirables avant même leur chargement dans la page. Les réseaux publicitaires tiers, les places de marché programmatiques, les mouchards de pistage et les formats intrusifs (pop-ups, overlays) sont tous visés. La promesse est celle d’un navigateur qui, dès l’activation d’un simple interrupteur dans les réglages, se transforme en bouclier sans dépendance extérieure.
Le déploiement a débuté progressivement entre le 15 et le 17 août 2026, par vagues successives auprès d’un panel d’utilisateurs sélectionnés sur iPhone et iPad. Pour ceux qui en bénéficient déjà, l’activation passe par le menu du site consulté, puis par le basculement du toggle « Ad Blocker » dans les paramètres de navigation. La fonctionnalité reste désactivée par défaut, ce qui en dit long sur la prudence de Mozilla face aux implications commerciales de son propre geste.
Car il y a bien une ligne rouge que l’organisation s’interdit de franchir. Les publicités affichées dans les pages de résultats des moteurs de recherche, qu’il s’agisse de Google, Bing ou DuckDuckGo, ne seront pas filtrées. Les contenus sponsorisés de la page d’accueil Firefox et des nouveaux onglets échappent également au couperet. La raison tient en quelques chiffres qui se passent de commentaire. Mozilla tirait en 2025 environ 90 % de ses revenus de Firefox, dont à peu près 85 % provenaient de son accord commercial avec Google. Bloquer les publicités de son principal bailleur de fonds relèverait du suicide financier… et Mozilla ne semble pas disposée à jouer les martyrs.
Cette initiative arrive à un moment où le navigateur de la fondation se retrouve dans une position singulière sur le marché des extensions. Firefox demeure l’un des derniers grands navigateurs à encore prendre en charge uBlock Origin dans sa version complète, alors que Google et Microsoft ont progressivement mis fin à la compatibilité avec les extensions Manifest V2 sur leurs plateformes respectives. Sur iOS toutefois, les contraintes imposées par Apple au moteur de rendu WebKit limitent depuis toujours la portée des bloqueurs tiers, ce qui rend l’intégration native d’autant plus pertinente.
Mozilla reconnaît elle-même que le dispositif ne bloquera pas l’intégralité des publicités, les sites web recourant à des technologies de diffusion trop variées pour qu’une liste de filtrage unique puisse tout couvrir. L’étiquette « expérimentale » accolée à la fonctionnalité laisse entrevoir des ajustements futurs, voire un abandon si les résultats ne sont pas à la hauteur ou si les pressions commerciales se font trop fortes.
Reste une question que tout utilisateur d’iPhone est en droit de se poser. Si Firefox offre nativement ce que Safari ne propose qu’à travers des bloqueurs de contenu tiers et des réglages dispersés, la fondation Mozilla pourrait-elle regagner sur iOS un terrain perdu depuis des années face au navigateur par défaut d’Apple ? Le pari est audacieux pour un acteur dont la part de marché mobile reste marginale, du moins sur la plateforme d’Apple. Mais dans un écosystème où la vie privée est devenue argument de vente autant que conviction, un bloqueur natif et gratuit constitue une carte que peu de concurrents peuvent abattre avec la même crédibilité. Sauf que Brave avait déjà sorti cette carte de sa manche il y a des années.

