Apple a décidé de miser son avenir en réalité spatiale non plus sur un casque à 4 000 euros vissé au visage, mais sur une paire de lunettes posée sur le nez. L’analyste Ming-Chi Kuo a révélé début juin 2026 que John Ternus, futur PDG de la firme de Cupertino dès le 1er septembre prochain, avait personnellement validé un recentrage radical de la feuille de route produit. Sur les sept dispositifs XR autrefois planifiés, il n’en subsiste désormais que deux.
Le Vision Pro, lancé en grande pompe en 2024, se retrouve ainsi largement relégué au second plan. Selon Mark Gurman de Bloomberg, un éventuel successeur allégé et moins onéreux ne verrait pas le jour avant fin 2028, voire 2029. Le Vision Air, version affinée du casque, a été abandonné dès octobre 2025. Les lunettes dédiées au Mac ont subi le même sort en janvier de la même année. Kuo lui-même concède que sa propre feuille de route publiée en juin 2025 est désormais « un document historique ». Difficile d’être plus explicite.
Les deux projets survivants dessinent une trajectoire en deux temps. D’abord, des lunettes IA sans écran, conçues pour rivaliser frontalement avec les Ray-Ban Meta, dont la production pourrait démarrer en décembre 2026 pour une commercialisation attendue en 2027. Ensuite, des lunettes de réalité augmentée à guides d’ondes optiques, capables de superposer du contenu numérique au monde réel via des lentilles transparentes, mais dont l’arrivée n’est pas envisagée avant 2029 au plus tôt.
La première génération de Smart Glasses sacrifiera volontairement l’affichage intégré, le LiDAR et les capteurs 3D au profit d’un objectif bien identifié, celui de l’autonomie. L’appareil embarquera en revanche deux capteurs photographiques aux fonctions distinctes. Le premier, haute résolution, permettra de capturer photos et vidéos d’un niveau comparable à celles de l’iPhone. Le second, grand-angle et basse résolution, alimentera l’intelligence visuelle de Siri et assurera la reconnaissance des gestes de la main, un mode de contrôle déjà éprouvé sur le Vision Pro.
Cette interaction gestuelle, confirmée par une source interne relayée par MacRumors, traduit une philosophie déjà bien ancrée chez Apple. L’utilisateur pourra interroger Siri sur son environnement immédiat (« Qu’est-ce que je regarde ? »), passer des appels, écouter de la musique et déclencher l’assistant vocal par commande. Le tout propulsé par la version remaniée de Siri prévue avec iOS 27, qui s’appuiera notamment sur les modèles Gemini de Google.
Apple testerait actuellement plusieurs styles de montures en acétate, un matériau d’origine végétale réputé plus léger et plus souple que le plastique classique. La firme aurait un temps envisagé de s’associer à un lunetier reconnu, comme Meta l’a fait avec EssilorLuxottica, avant de décider de tout fabriquer en interne. Un choix qui traduit une volonté de contrôle absolu sur le design et l’expérience utilisateur, fidèle en cela à l’ADN de Cupertino.
Et c’est peut-être là que réside le pari le plus audacieux. Proposer des lunettes suffisamment fines et confortables pour être portées toute la journée, tout en y logeant assez d’intelligence pour justifier leur existence face à un iPhone déjà omniprésent dans la poche… Apple dispose encore de quelques mois pour transformer cette ambition en objet tangible, mais le virage stratégique est désormais irréversible.

