Google envisage sérieusement de réduire la RAM de son Pixel 11 Pro à 12 Go, contre 16 Go sur le modèle actuel. La raison tient en un mot que la Silicon Valley a récemment inventé, « chipflation », et qui désigne la flambée des prix des composants semi-conducteurs provoquée par l’appétit démesuré des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.
Les data centers engloutissent des quantités colossales de mémoire vive, les géants comme HP et Lenovo réservent déjà des stocks auprès des fournisseurs, et la capacité de fabrication mondiale reste structurellement limitée. L’offre ne suit plus la demande. Les prix grimpent. Le phénomène touche désormais jusqu’aux smartphones grand public, et Google se retrouve face à un arbitrage délicat pour sa gamme à venir.
Le seuil psychologique des 999 dollars peser forément lourd dans la balance. Le Pixel 10 Pro est actuellement commercialisé à ce tarif, et la firme de Mountain View chercherait à maintenir ce positionnement tarifaire pour son successeur. Samsung a de son côté fait un choix différent en augmentant de 100 dollars les prix du Galaxy S26 et du S26 Plus (respectivement à 899 et 1 099 dollars), tout en conservant les 12 Go de RAM et en passant le stockage de base à 256 Go. Google pourrait alors disposer d’un avantage concurrentiel sur le terrain du prix… à condition d’accepter le compromis technique.
12 Go de mémoire vive suffisent aujourd’hui à faire tourner l’ensemble des fonctionnalités d’un Pixel, y compris les outils d’IA embarqués comme Magic Cue ou Camera Coach. Le problème se projette ailleurs, dans le temps. Google garantit désormais jusqu’à sept ans de mises à jour logicielles pour ses smartphones. Un Pixel 11 lancé en août 2025 recevrait donc des mises à jour jusqu’en 2033. Et personne ne peut raisonnablement affirmer que 12 Go de RAM absorberont sans broncher les agents IA que Google prévoit d’intégrer au fil des années.
Le Pixel 11 Pro XL, pourrait adopter une fonction baptisée « Pixel Glow » transformerait la barre photo en système de notification lumineuse, capable de signaler appels, alertes et interactions pilotées par l’IA via un hardware dédié intégré directement dans le module caméra. Google, longtemps cantonné à la différenciation logicielle, semble vouloir explorer le terrain du design fonctionnel avec cette proposition.
L’écran du modèle XL embarquerait par ailleurs une dalle Samsung M16 OLED, une technologie que Google pourrait adopter avant Samsung et Apple dans leurs propres flagships. Luminosité accrue, fidélité colorimétrique renforcée, efficacité énergétique supérieure. Le tout associé à un Tensor G6 gravé en 2 nm et à une barre photo redessinée dont les composants seraient intégralement logés sous la partie vitrée, pour un rendu visuel plus épuré.
La stratégie de Google tient en un exercice d’équilibriste. Contenir les coûts d’un côté, innover de l’autre, et espérer que le marché ne sanctionnera pas un Pro vendu au même prix que son prédécesseur avec 4 Go de RAM en moins. Une solution intermédiaire circule déjà, celle de proposer deux variantes du Pro, l’une à 12 Go et 256 Go de stockage à 999 dollars, l’autre à 16 Go et 512 Go aux alentours de 1 099 dollars.
La réponse viendra en août, du moins si Google respecte son calendrier habituel de lancement. D’ici là, la chipflation n’aura probablement pas reflué, et le dilemme entre ambition technique et discipline tarifaire continuera de définir chaque décision prise à Mountain View.

