Un processeur de bureau Intel embarquant un GPU intégré si musclé qu’il exigerait à lui seul 65W d’alimentation dédiée et deux phases VCCGT sur la carte mère, voilà ce que promet la dernière fuite signée par le leaker Jaykihn autour de la gamme Nova Lake-S (Core Ultra série 400). Pas 65W pour la puce entière, non… 65W rien que pour le graphique intégré, indépendamment des rails d’alimentation du CPU. On nage ici en eaux totalement inexplorées pour un processeur desktop, et le frisson est bien réel.
La configuration dévoilée associe quatre P-cores Coyote Cove, huit E-cores Arctic Wolf et les quatre habituels LP-E cores du tile SoC, le tout coiffé d’un GPU intégré à 12 cœurs Xe3P gravés sur le procédé 18A d’Intel. Cette architecture graphique baptisée « Celestial » constitue une évolution optimisée par rapport au Xe3 Battlemage déjà embarqué dans Panther Lake, et le leaker OneRaichu avançait dès janvier un gain de performance iGPU de 20 à 25% entre les deux générations. Douze cœurs Xe3P, c’est exactement la même densité de compute que l’Arc B390 intégré aux puces Panther Lake haut de gamme, avec une architecture affinée et un nœud de fabrication maison en prime.
Intel n’a historiquement jamais proposé de véritable APU desktop digne de ce nom depuis le Core i7-5775C de 2015, cette curiosité Broadwell dotée d’un eDRAM de 128 Mo qui faisait figure d’ovni dans le catalogue. Dix ans de disette, et la firme de Santa Clara semble enfin prête à dégainer un produit qui pourrait bousculer le segment du gaming intégré sur PC de bureau, un terrain où AMD règne avec ses Ryzen série G depuis des années. Les APU Ryzen G fonctionnent certes sous une enveloppe de 65W eux aussi, mais cette enveloppe couvre l’intégralité de la puce (CPU et GPU confondus), ce qui relativise drastiquement la comparaison.
Deux phases VCCGT dédiées sur le VRM de la carte mère, c’est du jamais-vu pour un graphique intégré desktop, et cela rapproche dangereusement ce Nova Lake-S du territoire occupé par le Strix Halo d’AMD, dont les 40 Compute Units des SKU les plus ambitieux aspirent entre 70 et 80W. Sauf que Strix Halo reste un design mobile doté d’un SMU capable de répartir dynamiquement la puissance entre CPU et GPU, alors que le Nova Lake-S en question adopterait un split d’alimentation traditionnel avec des rails séparés, forçant les fabricants de cartes mères à prévoir une infrastructure VRM spécifiquement dimensionnée pour nourrir ce monstre graphique.
Jaykihn précise que ce SKU particulier n’apparaissait pas dans la fuite massive de configurations Nova Lake-S publiée la veille, et qu’il s’agit d’un produit singulier, une offre unique dans la gamme desktop. Aucun autre processeur « S » ne recevrait le gros tile GPU à 12 cœurs, les autres modèles se contentant d’un tile graphique réduit à deux cœurs Xe. Le leaker ajoute que les processeurs HX utilisent un tile de base différent de celui de la famille S, ce qui suggère que ce GPU 12 cœurs a été spécifiquement conçu pour le socket LGA 1954 desktop et ne sera sans doute pas transposable vers les puces portables haut de gamme.
La demande pour un tel produit, un CPU desktop aux capacités processeur modestes (16 cœurs tout de même) couplé à un GPU intégré véritablement performant, reste probablement étroite. Mais elle existe, portée par une communauté de passionnés du gaming sur iGPU, par les constructeurs de mini-PC compacts et par tous ceux qui rêvent d’une machine capable de jouer correctement sans carte graphique dédiée. Et si la DDR5 CUDIMM à haute fréquence tient ses promesses d’ici le lancement, la bande passante mémoire pourrait enfin cesser d’être le goulet d’étranglement qui bride traditionnellement les GPU intégrés.
Les dernières projections situent l’arrivée conjointe des nouvelles générations AMD et Intel au CES 2027, ce qui laisse encore amplement le temps aux spécifications de fluctuer. Mais la trajectoire est déjà tracée, et elle pointe vers une guerre ouverte sur le terrain de l’iGPU desktop, un segment longtemps considéré comme secondaire que les deux géants semblent désormais vouloir transformer en véritable champ de bataille. Qui aurait cru qu’un jour, un GPU intégré desktop réclamerait sa propre ligne d’alimentation de 65W comme un petit GPU discret affamé ?

