Sony fait désormais l’objet d’un procès collectif évalué à 1,97 milliard de livres soit environ 2,7 milliards de dollars pour abus de position dominante sur la distribution digitale de jeux PlayStation. L’affaire portée devant le Competition Appeal Tribunal de Londres réunit près de 12,2 millions de joueurs britanniques qui estiment avoir payé trop cher leurs achats numériques depuis août 2016.
Le dossier repose sur une accusation précise selon laquelle Sony aurait verrouillé son écosystème en obligeant les utilisateurs à passer exclusivement par le PlayStation Store pour tout achat de jeux ou de contenus additionnels. Les avocats des consommateurs affirment que ce verrouillage a permis à l’entreprise d’appliquer une marge dite « excessive et injuste » d’environ 30 % sur les ventes digitales. Les prix des jeux téléchargés auraient été supérieurs d’environ 20 % à ceux des versions physiques disponibles en magasin.
Alex Neill, à l’origine de la plainte, soutient que « les joueurs ont payé trop et doivent être indemnisés ». Si la procédure aboutit, chaque joueur concerné pourrait recevoir près de 162 livres. L’action est dite « opt-out » ce qui signifie que tous les acheteurs éligibles sont automatiquement inclus sauf s’ils ont choisi de se retirer.
Sony conteste vigoureusement ces accusations et affirme que son modèle économique repose sur un équilibre entre sécurité, confidentialité et rentabilité. L’entreprise explique que permettre à des boutiques tierces de distribuer des jeux numériques introduirait des risques techniques et compromettrait la protection des données. Elle ajoute que les commissions perçues servent à compenser le faible profit réalisé sur la vente des consoles dont certaines sont vendues à prix quasi coûtant.
Les avocats de la défense insistent sur le fait que la marge de 30 % n’est pas anormale dans le secteur. Ils rappellent que Nintendo et Microsoft appliquent des structures similaires sur leurs propres plateformes. Sony revendique avoir investi des milliards dans une architecture intégrée qui, selon elle, bénéficie aux consommateurs en garantissant une expérience homogène et sécurisée.
Le tribunal a déjà connu des affaires comparables. Apple a été condamnée en 2024 à verser 1,5 milliard de livres à ses utilisateurs britanniques pour des pratiques analogues sur l’App Store. Google doit à son tour affronter un procès en octobre après que le studio Epic Games a retiré sa plainte à la suite de changements dans les règles du Play Store.
Le procès Sony devrait durer environ dix semaines et pourrait, s’il aboutit, remodeler la distribution digitale des jeux vidéo au Royaume-Uni.
Une victoire des consommateurs fragiliserait peut-être durablement le modèle fermé que Sony défend depuis la PlayStation 3.

