Pavan Davuluri justifie la cure d’amaigrissement de Windows 11 par le prix de la mémoire vive, qui grimpe depuis un an à tous les étages de la chaîne PC. Un discours qui tranche avec la promesse habituelle d’un système rendu plus rapide pour le plaisir des utilisateurs. Le vice-président exécutif chargé de Windows et des appareils chez Microsoft l’a affirmé lors du podcast Inside Windows : « Je pense que la mémoire est aujourd’hui au premier plan des préoccupations de toute l’industrie, surtout quand on voit le coût de la mémoire augmenter pour l’ensemble des ordinateurs. »
Microsoft a inscrit le 31 juillet l’optimisation mémoire des machines de 8 Go et plus parmi ses priorités pour le reste de 2026. Ce chantier descend jusqu’au cœur de l’architecture. Le gestionnaire de mémoire bénéficie d’une compression renforcée et d’un nouvel allocateur plus économe. Ce gain s’applique à tous les logiciels sans que les développeurs aient une ligne de code à réécrire.
Le framework WinUI 3 fait l’objet d’adaptations pour que les applications conçues sur cette base réduisent leur empreinte dès leur conception. L’environnement natif remplace progressivement le moteur Chromium WebView2, qui faisait tourner des pans de l’interface comme des onglets de navigateur. La boîte de dialogue Exécuter, les fenêtres courantes de l’Explorateur de fichiers et les Widgets passent en priorité en code natif. Pour avoir un ordre d’idée, l’application Météo occupe à elle seule plus de 1,2 Go sur un ordinateur de 8 Go.
Davuluri défend une logique d’allocation des ressources à la demande, selon laquelle les fonctions optionnelles (l’IA en tête) ne réservent de la mémoire que lorsqu’on les sollicite. Pavan Davuluri résume ce principe : « L’empreinte mémoire n’est mobilisée qu’au moment où vous utilisez la fonctionnalité. Le reste du temps, le système de base devient un peu plus efficace partout. » Marcus Ash, vice-président chargé du design et de la recherche chez Microsoft, décrit des équipes qui reprennent l’ensemble des parcours scénario par scénario.
Un kit DDR5 de 32 Go qui coûtait entre 150 et 180 euros à l’automne 2025 se négociant désormais entre 400 et 500 euros selon les enseignes. Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus ont répercuté des hausses de 15 à 20 % sur leurs machines au second semestre. Les prix contractuels de la DRAM ont bondi de 90 à 95 % au premier trimestre et devraient encore grimper de 10 à 15 % au quatrième. Gartner prévoit une progression de 17 % du prix moyen d’un PC, tandis que Micron n’attend pas d’accalmie avant 2028. Acheter une barrette pour une machine de bureau devient une dépense lourde, alors que sur les ultraportables vendus avec 8 Go de mémoire soudée, aucune mise à niveau n’est techniquement possible.
Microsoft a contribué à creuser cette situation. L’éditeur a fixé à 16 Go le minimum des Copilot+ PC et consacré quelque 80 milliards de dollars sur un exercice à ses centres de données d’IA, qui captent la mémoire HBM et incitent les fabricants de puces à délaisser la DDR5 grand public. Sur un Dell XPS 13 de 8 Go testé au repos, Windows 11 monopolise environ 70 % de la mémoire vive et ne laisse qu’environ 2,4 Go aux logiciels. Le système paie sa dépendance à des briques web qui n’ont jamais été conçues pour la sobriété.
Les correctifs arrivent par vagues dans le programme Windows Insider et rejoindront l’ensemble des utilisateurs entre l’automne et la fin de l’année 2026. Microsoft ne publie aucun objectif chiffré, d’autant que Windows Search repose toujours sur WebView2 et que le menu Démarrer attend encore sa refonte. L’entreprise fait contre mauvaise fortune bon cœur en réhabilitant une pratique oubliée de l’industrie, celle de l’optimisation par le code. En 2026, la barrette la plus rentable est celle qu’on n’a pas besoin d’acheter.

